L'Esprit de suite

Le blog de Di Brazzá, artiste multicarte.

CHANSONS DE LA CITE RADIEUSE, Nocturnes Livre IV

(SILEO) Nocturnes, Livre V

Jeudi 17 Juillet 2008.

RUE D'OU SUIS-JE? Variation#3 dite "La dissonante"

                                                          Journal d'une disparition #13

                    

 


Di Brazza - Rue d'Où suis-je? Variation #3 dite "La Dissonante" (instrumental). B.O.L du journal d'une disparition. Inédit.

-« Eh bien, puisque vous y tenez je vais vous le dire, moi, ce que j’ai à dire. Et cramponnez vous bien. Parce que cet homme, là, celui dont vous parlez, dont tout le monde parle, cet homme, eh bien moi j’y crois pas. Mais alors pas du tout. Il existe pas cet homme. Il existe pas. Il a jamais existé. Que dans votre tête. Comme dans la tête de tous ces gens, principalement des femmes, qui vous suivent et parfois même vous précèdent. Qu’est-ce que c’est que ce type, hein ? Qu’est-ce que c’est ? Un jour il habite ici, un jour il y habite pas. Un jour il parle, un jour il parle pas. Un jour il rit, un jour il rit pas. Un jour il lit, un jour il lit pas. Un jour il chante, un jour il chante pas. Un jour il danse, un jour il danse pas. Un jour il baise, un jour il baise pas. Un jour il viole, un jour il viole pas. Et demain ? Demain on apprendra qu’il baise avec les ânes, les chèvres, les canards, allez savoir quoi. Tiens : qu’il s’auto-baise, on apprendra. Mais c’est vous, c’est vous qui cherchez à nous baiser. Vous qui violez cette ville. Je vous vois venir moi. Je vous vois. Depuis le début, je vous vois. Avec votre air de pas en avoir l’air. Les autres, toutes les autres, elles peuvent dire tout ce qu’elles veulent dire, mentir tous leurs mensonges comme enfants pris la main dans le sac en carême : moi je suis pas comme elles. Non. Je suis pas de ces femmes là dont personne à présent n’ignore plus rien de leurs comportements impudiques. Des putes, monsieur, oui, des putes, voilà ce qu’elles sont. Vous appelleriez ça autrement, vous, des femmes qui ont le feu au cul d’une telle façon ? Oh, je sais bien ce que vous pensez. Vous pensez qu’est ce que c’est que cette grosse bonne femme aux manières si peu raffinées, au langage de bûcheron, qui vient, à moi, me parler d’impudeur, mais ça m’est égal, moi, monsieur, tout ce que vous pensez ou pas à mon sujet. Je m’en tape moi, monsieur, de ce que vous pouvez pensez. Qu’est-ce que vous aviez cru ? Que j’allais moi aussi, en toute innocence, vous débiter de la petite histoire au kilomètre à propos de votre petit jouet ? De ce hochet que vous avez tendu à la ville toute entière ? Et dont elle s’est emparée, et s’empare encore. Et s’emparera demain. Comme quelqu’un qui n’en a jamais eu, de hochet ? Gardez le donc, monsieur, votre hochet : j’en veux pas. Toutes ces histoires, sans lui, jamais elles auraient circulé. Jamais elles auraient eu lieu. Et tout ça à cause de vous. Parce que c’est vous, oui, vous qui inventez tout ça. Vous qui êtes venu avec votre invention nous forcer au mensonge et à ses folies. Tout ça finira mal, je vous le dis. Ça peut que finir mal. Parce que demain, demain, quand on saura… Parce qu’il faudra bien qu’on sache, n’est-ce pas ? Hein, qu’il faudra bien qu’on sache ? Qu’il n’en est rien. Qu’il n’y a rien. Ni personne. À chercher. Ni à voir. Ni à trouver. Vous croyez, vous que cette ville en sortira indemne ? Qu’elle se survivra ? Oh que non. Ils vont se déchirer. Je le sens, moi, qu’ils vont se déchirer. Ils vont se battre. Entre eux. L’ami contre l’ami. Le frère contre le frère. La sœur contre la sœur. L’époux contre l’épouse. Les parents contre leurs enfants. Il y aura des morts. Beaucoup de morts. Et tout ça à cause de vous. De votre hochet. De cet homme, dont vous cherchez à nous faire accoucher. Mais c’est un monstre, oui, un monstre dont nous allons accoucher, monsieur. Un monstre mort-né. Pas d’autre chose. Et nous y sommes presque. Encore quelques jours, au pire deux semaines, et la ville fera ses eaux. Mais vous, vous, vous êtes bien sûr d’être encore là pour l’accouchement ? Parce que j’ai dans l’idée, moi, que vous déguerpirez à ce moment précis. Ça  m’étonnerait, oui, ça m’étonnerait beaucoup qu’on vous trouve à notre chevet ce jour là, monsieur. Parti ! Envolé, disparu l’Inventeur ! Le fouteur de merde. Et puis, dites moi pendant qu’on y est, oui dites moi : Qui ? Qui vous paye pour cette tâche ? Qui est derrière tout ça ? Parce qu’on vous paye, non ? Il faut bien qu’on vous paye, et beaucoup, puisque vous avez un loyer à régler. Sans parler des charges. Et de tout ce qui se dépense à côté pour vivre ou pour ces coups à boire, toutes ces tournées que vous offrez ici et là pour délier les langues. Ah on peut dire que vous êtes forts dans l’art de faire se retourner les langues dans leur bouche comme morts dans leur tombe. Et puis vous, hein ? Vous. Qui êtes vous ? D’où venez vous ? Pourquoi être venu ici et pas ailleurs ? Pourquoi vous n’ouvrez pas la bouche ? Presque jamais vous ne l’ouvrez. À part pour poser vos questions. Vos putains de saletés de questions. Mais quand on vous en pose, nous, des questions, les réponses on les trouve où, hein ? Où est-ce qu’on peut donc les trouver les réponses que vous donnez jamais aux questions qu’on vous pose ? Moi je dis que vous êtes mauvais. Que ça se voit comme un trou dans le ciel que vous êtes mauvais. Et croyez bien que je le dis. Que je manque pas de le dire. Haut et fort. De tous côtés. À tout le monde. Je ne les cache pas, moi, mes opinions. D’ailleurs je suis connue pour ça. Je sais l’ouvrir ma gueule. Pas du genre à me laisser faire. Celui qui veut m’embobiner il se trompe de porte. Seulement voilà, maintenant plus personne m’écoute. À cause de vous. Personne ne m’entend. À cause de vous. Parce qu’ils ou elles n’ont plus que lui dans le cerveau. S’ils en ont encore un, de cerveau, ceux qui veulent le tuer, comme tous ceux et celles qui rêvent de mourir d’amour dans ses bras. Ah vous devez bien rire quand vous avez le dos tourné. Vous devez bien rire en voyant cette ville auparavant si indolente, presque trop immobile, toute rongée par votre homme. Et cela bien plus vite, bien plus férocement que le sel et le vent de mer n’ont jamais su le faire. Avec quelle impatience devez-vous attendre que le silence, le silence enfin revenu, épouse et drape comme un suaire le peu qu’il restera de nous. »
Di Brazzá - Rue d'Où suis-je? Variation # 3 dite "La Dissonante" (Pour V.V, M.H et consorts)
 

 

                                                                       _______________________________________

Ce chapitre est le treizième du Journal d'une disparition. Qui constitue la deuxième partie de mon Livre de Nocturnes, (Chochottes blues?) en étant la première. Il s'agit bien entendu d'un premier jet.
Si vous le voulez bien nous arpenterons ensemble un certain nombre de rues, quais, places et jardins de cette ville au nom étrange. Accompagnant ainsi à notre manière cette recherche qui se met en route aujourd'hui.
Toutes les petites musiques jointes à ces "épisodes" sont des compositions originales instrumentales que j'ai signées. Et jouées. Je ne saurais bien sûr vous obliger à les entendre. Mais sachez, vraiment, n'y voyez aucune vanité de ma part, que le film souffrirait de cette absence de bande sonore.
Merci à tous d'être là. Si nombreux. Attentionnés et attentifs.
dB


AUTOPUB , Rappel:    
"Récitar Cantando" plutôt que Roman
 mon dernier ouvrage : JE EST UNE O.MBRE  
 est  désormais
disponible  ICI 








Illustration haut de page:Copyrights: © Di Brazzá 
 
 

dibrazza | 07 h 24 | Rubrique : JOURNAL D'UNE DISPARITION. Nocturnes Livre II | Màj : 26/07/08 à 08 h 09

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Commentaires

les dédicaces

christiane

20/07/08 à 14:01

Vos textes sont toujours dédicacés. Est-ce que vous savez comment les reçoivent ceux à qui vous avez pensé en les écrivant  ou en les dédicaçant ? Quel rapport y a-t-il entre eux et vos créations ? C'est toujours émouvant ces liens, par delà le texte.

Re: les dédicaces

dibrazza

20/07/08 à 19:32

Tour cela, à quelques exceptions près- et encore - relève de l'intime. Ne m'en veuillez pas de ne pas y répondre.

Re: les dédicaces

christiane

20/07/08 à 19:36

Je respecte : infiniment compréhensible mais trace d'une belle capacité à donner. Merci.

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