Le blog de Di Brazzá, artiste multicarte.

-« C’est à cause de la machine à laver. Les voisins s’étaient plaints. Pourtant, s’il y en avait un qui avait toutes les raisons de se plaindre, c’était bien lui. Nous, on habitait juste au dessus de lui. Au premier, quoi. Alors vous pensez, avec toutes ces lessives qu’il me fallait faire. C’est qu’on a été quelquefois jusqu’à dix-neuf dans l’appartement. Un F5. Oui madame. Mais comment refuser d’accueillir l’un, d’accueillir l’autre, c’est quand même la famille tout ça. Et puis, avec tous ces problèmes qu’on a maintenant pour trouver à se loger, comment voulez vous qu’ils se logent nos jeunes ? Même vous, avec la position qui est la vôtre, vous y arrivez pas à nous loger. Pourtant on peut pas dire que vous avez chômé. De ça, je saurai jamais trop vous remercier. Mais c'est comme ça, hein. On y peut rien. Vous avez vu un peu le prix des loyers comme il flambe? Et faut voir ce qu’on leur propose. Et je vous parle pas des murs qui sont comme du papier. Comme chez nous d'ailleurs. Alors si lui il s’était plaint du bruit de la machine à laver, j’aurais compris. Mais il s’est pas plaint. Jamais. Vous savez ce qu’il leur a dit quand ils ont tapé chez lui avec la pétition ? Eh bien à ce qu’il parait il leur a dit la littérature pour instrument à vent c’est pas ma tasse de thé ! Comme ça ! Enfin, je crois. Vous avez pas compris ? Moi aussi j’avais pas compris. Le fils de la concierge, lui, il a compris. Il m’a dit c’est un jeu de mot. Quand il m’a tout bien expliqué, la pet-ition, l’instrument à vent et tout ça : je me suis dit que cet homme qui ne riait jamais, enfin, que moi je n’ai jamais vu rire, eh bien il devait quand même aimer ça, rire. Non ? Et en plus après ça, il leur a claqué sa porte au nez. À ce qu’il parait. Vous prenez quelque chose ? C’est moi qui vous invite. Moi aussi, tiens, un café. D’habitude j’en bois jamais. À cause du sommeil. Vous dormez bien vous ? Mais bon, comme on dit : une fois n’est pas coutume. Et puis elle est encore loin la nuit à cette heure. Il est bon le café ici ? Parce qu’alors, mon mari il me dit que du bon café c’est plus rare que l’or maintenant. Si vous le dites. De toutes façons, c’est commandé. Je verrai bien. Et puis l’important c’est d’être ensemble. Parce qu’on se voit plus trop souvent toutes les deux, non ? Dites, tant que j’y pense, il est venu vous voir vous aussi le type qui pose des questions partout à propos de mon locataire du dessous, celui qu’a pas signé la pétition ? Ah bon ? Vous non plus ? C’est bizarre quand même. Moi qui habitais juste au dessus il est pas venu non plus. Pourtant une voisine directe ça pourrait en avoir des choses à dire, non ? Il a vu tout le monde ou presque et pas nous. Non, c’est vrai, dans l’immeuble il a vu que la concierge. À ce qu’il parait. Ou alors il nous réserve en dernier. Mais vous, quand même, une conseillère municipale, c’est pas normal. D’autant plus que vous, vous le voyiez tous les samedis le disparu, à ce qu’il parait, non ? Quand il allait aux mariages. Il suivait les mariés jusque dans la salle, ou il les attendait dehors ? Il rentrait avec eux ? Ça alors. Quand même, c’est drôle, non, un homme qui va aux mariages auxquels on l’a pas invité, non ? Et il se tenait tout au fond ? Qu’est-ce qu’il faisait ? Il prenait des photos pendant la cérémonie ? Vous avez pu voir à qui il parlait ? Et les mariés, il leur parlait à eux ? Vous devriez aller le voir, l’homme qui le recherche. Peut-être que ça l’intéresserait. Qu’il vous écouterait. Quand même, vous êtes pas rien, vous, avec vos responsabilités. Moi je serais lui j’aurais fait la mairie, le commissariat et l’hôpital en premier. Vous croyez que je devrais y aller, moi aussi, à sa rencontre ? Peut-être qu’il y a pas pensé à venir me voir. Peut-être qu’il s’est dit que la concierge ça suffit. Pourtant j’en sais, moi, des choses. Que la concierge elle a pas pu lui dire. Ni elle ni personne d’autre. Parce que moi je veille très tard. Je suis obligée. Vu que mon mari et moi on couche dans le canapé de la salle à manger. Alors bien obligés d’attendre que tout le monde s’en aille se coucher avant qu’on puisse le tirer, le canapé. Les jeunes, se coucher, on dirait que pour eux c’est la corvée. Ils traînent. Toujours. Alors moi je me mets à la fenêtre et je fume. Même l’hiver. Et je regarde. C’est comme ça que je vois des choses que sans ça je les aurais jamais vues. Et que la concierge elle a jamais pu voir, ni son fils, parce qu’à cette heure là ça fait longtemps qu’ils sont couchés ceux là. Comment ? Non. Ça je peux pas vous le dire. À lui, oui, s’il vient me le demander, je lui dirai. Sous le sceau de la confidence, bien sûr. Mais seulement s’il vient. Parce que j’irai pas, moi, à sa rencontre. Non non, c’est pas des choses graves. Enfin, je crois pas, moi, que ça soit des choses graves. Mais allez savoir, peut-être que ça se pourrait. C’est pour ça qu’il faut pas vous vexer si je vous les dis pas ces choses. Le moins on en dit, hein? Je vous ai pas vexée, j’espère. Vous savez ce qu’il dit mon mari ? Mon mari, il dit que cet homme, celui qui le cherche il a un contrat. Un contrat c’est quand quelqu’un vous paye pour en tuer un autre. Vous le saviez ? Moi les romans policiers j’en ai jamais lu. Mais bon, comme je lui ai dit à mon mari, s’il avait un contrat, ce type, si c’était un exécuteur comme tu dis, il se montrerait pas partout. Quoique vous me direz, la police, il l’a évitée jusqu’à présent. Et la pharmacienne ? Vous savez ce qu’il lui a demandé à la pharmacienne ? Il lui a demandé la liste de tous les médicaments qu’il prenait. Et vous savez ce qu’elle a fait la pharmacienne ? Elle lui a donné, cette liste à ce qu’il parait. Si c’est pas une honte, ça. Moi depuis je vais plus chez elle. Vous allez chez elle, vous ? Vous me direz, vous, c’est pas pareil. Si on commence à les trier, les électeurs, après il reste plus personne. Les électeurs il faut les prendre comme ils sont. Tiens, quand on parle du loup… C’est pas lui sur le trottoir d’en face ? C’est bien lui, non ? Où est-ce que j’ai mis mes lunettes ? Oui oui, c’est bien lui. Vous avez vu sa manière de marcher ? On dirait qu’il marche sur des œufs. J’avais pas remarqué jusqu’ici. Pourtant, difficile de l’éviter, celui là, il est toujours sur le trottoir d’en face ! Pourquoi vous ne l’appelez pas ? Vous voulez que je demande au garçon qu’il aille vous l’appeler ? Non ? Pourtant si j’étais vous, moi, c’est ce que je ferais. Ah non : moi je le ferai pas. Je lui parlerai que s’il me parle. En premier. On dirait qu’il nous regarde. Non ? Vous avez pas cette impression ? C’est vous ou c’est moi qu’il regarde, d’après vous ? Quand même : il pourrait traverser."
Di Brazzá - Rue d'Où suis-je? Variation# 2
_____________________________________________
Ce chapitre est le huitième du Journal d'une disparition. Qui constitue la deuxième partie de mon Livre de Nocturnes, (Chochottes blues?) en étant la première. Il s'agit bien entendu d'un premier jet.
Si vous le voulez bien nous arpenterons ensemble un certain nombre de rues, quais, places et jardins de cette ville au nom étrange. Accompagnant ainsi à notre manière cette recherche qui se met en route aujourd'hui.
Toutes les petites musiques jointes à ces "épisodes" sont des compositions originales instrumentales que j'ai signées. Et jouées. Je ne saurais bien sûr vous obliger à les entendre. Mais sachez, vraiment, n'y voyez aucune vanité de ma part, que le film souffrirait de cette absence de bande sonore.
Merci à tous d'être là. Si nombreux. Attentionnés et attentifs.
dB
AUTOPUB , Rappel:
"Récitar Cantando" plutôt que Roman
mon dernier ouvrage : JE EST UNE O.MBRE
est désormais disponible ICI

dibrazza | 17 h 26 | Rubrique : JOURNAL D'UNE DISPARITION. Nocturnes Livre II | Màj : 26/07/08 à 08 h 03
Commentaires