Di Brazza - Quai du Frère en Hiver (instrumental) B.O.L du Journal d'une disparition. Inédit.
-« Savez vous ? Moi aussi je l’ai suivi. Mais pas à votre manière, bien entendu. Moi, il marchait devant moi. Je le voyais. C’est comme ça, en le suivant, que j’ai su où il habitait. Quelques fois, plus tard, j’y suis retournée. Espérant le surprendre à sa fenêtre. Espérant qu’il me reconnaisse et, pourquoi pas, me prie d’entrer chez lui. J’y serais allée, oui. En toute confiance. Ne vous méprenez pas je vous en prie. Ce n’est pas ce que vous croyez. Je suis une femme honnête. Cet homme là, je ne dis pas qu’il me fascinait mais enfin c’était quand même quelque chose dans ce genre là. En moins fort peut-être. Comment expliquer ça. Cet homme là, voyez vous, il me ne me semblait pas au monde. C’est ici que je l’ai vu pour la première fois. Ici aussi que je l’ai revu par la suite. Il y venait très souvent. Pourtant il faut vraiment avoir une âme comme la mienne, sujette à de forts accès de mélancolie, pour éprouver une certaine forme de bonheur en se promenant sur ce quai. Si ce n’est son nom, en effet, qu’a-t-il à offrir? Regardez le : il est tout ébréché. Au risque de blesser la mer lorsqu’au plus haut elle s’en vient l’étreindre. Et la plage, plus loin, derrière le port, vous avez vu ? C’est une honte, n’est-ce pas monsieur, cet amoncellement de détritus que seules les vagues enlèvent. Cette ville est en pleine déconfiture. Vous vous en êtes très certainement rendu compte depuis votre arrivée parmi nous. Hormis la Rue d’Où suis-je ? l’avenue la plus prestigieuse, tout le centre est dans un tel état. Une misère. Ah, si vous aviez connu Où suis-je ? il y a seulement une trentaine d’années. Je ne vous dis pas que c’était paradisiaque mais au moins cela ne sentait pas si fort la misère, l’abandon. Cette ville est abandonnée, monsieur, abandonnée. À elle-même. Un jour ou l’autre elle aussi disparaîtra. Et nous tous avec elle. Peut-être que notre homme fut tout simplement le premier de la liste. Peut-être que sa disparition n’est que la suite logique de cette logique de l’abandon qui nous frappe tous ici. Que notre lot à tous ici c’est de disparaître sans laisser de traces, comme lui. Qu’en pensez vous ? Vous me croyez un peu illuminée n’est-ce pas ? Mais si, mais si, je le vois bien. Votre air gêné en dit bien plus long que vous n’oseriez me le dire. Vous n’êtes ni le premier, ni le dernier à me le faire sentir. Non, ne vous excusez pas. Je ne vous en veux pas. Pourquoi vous en voudrais-je ? Continuons plutôt : au tout début, cet homme, je croyais qu’il buvait. À cause de sa démarche, principalement, que je trouvais un peu hésitante. Comme si chacun de ses pas vérifiait que le sol était bien encore là avant de s’y poser. Mais par la suite j’ai pu constater qu’en fait il souffrait très certainement d’une jambe. Je ne dis pas qu’il boitait, non. Mais sa démarche étant quand même légèrement claudicante. Enfin, je dis ça, mais on sait ce qu’il en est des souvenirs. On voit toujours ce qu’on a voulu voir. Cela seul nous reste, nous revient. Une autre chose aussi. Toujours en rapport avec l’alcool. Très souvent, je ne dis pas à chaque fois, mais cela se produisait fréquemment tout de même, je peux vous l’assurer, ses pas le conduisaient jusqu’à la plage. Celle dont je vous ai parlé tout à l’heure. Qui est si peu propre. Arrivé là, il s’asseyait sur un des rares bancs qu’on peut encore y trouver et semblait méditer en regardant le va et vient des vagues. Puis, tirant de sa poche un petit flacon d’alcool, vous savez ces petits flacons de rhum à bas prix qu’on peut trouver dans tous les supermarchés (on s’en sert en général pour la cuisine) il en dévissait le bouchon et, le renversant, le secouait de haut en bas. Certainement pour en évacuer les dernières gouttes. Cette tache accomplie, il remettait le bouchon à sa place et semblait s’assurer plusieurs fois qu'il était convenablement vissé, rendant impossible toute évacuation de l’air qu’il contenait comme toute pénétration d’un corps liquide. Alors, alors seulement il se levait, marchant précautionneusement parmi les ordures il s’approchait du rivage et, après avoir soufflé plusieurs fois dessus, comme on le fait sur des braises pour les raviver, il jetait le flacon à la mer. Le plus loin possible. Pour que les vagues ne le rapportent pas. Ceci fait, il restait un long moment immobile, regardant le soleil couchant droit dans les yeux (j’ai oublié de vous dire que cette petite cérémonie se tenait toujours au crépuscule) et retournait s’asseoir avant de choisir, enfin, de rentrer. Pourquoi faisait il cela ? Vous pensez bien que je ne me suis jamais permise de le lui demander. D’ailleurs nous n’avons jamais échangé un mot. Pas une parole, en effet. J’ai ma petite explication, bien sûr. N’est-ce pas intriguant un homme qui confie à la mer une bouteille qui ne contient rien ? Un petit flacon que seul enveloppe son souffle ? Oui. Je me suis fait ma petite explication. Je me suis dit en premier lieu, et je persiste à le croire, que ce flacon n’était pas destiné à une femme au-delà des mers mais à un homme. Pourquoi ? Pour deux raisons. La première étant que, s’il s’était agi d’une femme le geste n’eut pas été le même. On ne jette pas une bouteille à la mer de la même façon quand il s’agit d’une femme. En second lieu, je me suis dit aussi que seuls les hommes se dispensent de mots dans les rapports qu’ils établissent entre eux. Les femmes, elles, ont besoin qu’on leur parle. Pour une femme, l’homme qui ne dit mot est un arbre sans fruit. Le fruit c’est le message de l’arbre. L’arbre devant lequel elles se tiennent, prêtes à emplir leurs corbeilles. S’il s’était agi d’une femme, le flacon aurait contenu un message. Or, de message il n’y avait pas. J’en suis certaine. C’était donc un homme. Un ami ? Un amant ? Un cousin ? Un frère ? Un père ? J’ai opté pour le frère. À cause du nom du quai, bien sûr. Je me suis dit cet homme là, tu vois, il cherche à contacter son frère, son Frère en Hiver, qui habite là-bas, bien au-delà des mers. Voilà. C’est mon explication. Elle vaut ce qu’elle vaut. Je vois bien que cela ne vous satisfait pas. Que voulez vous ? C’est ainsi que je vois le monde. Ainsi que je voudrais qu’il me voie."
Di Brazzá - Quai du Frère en Hiver (pour G.B)
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Ce chapitre est le cinquième du Journal d'une disparition. Qui constitue la deuxième partie de mon Livre de Nocturnes, (Chochottes blues?) en étant la première. Il s'agit bien entendu d'un premier jet.
Si vous le voulez bien nous arpenterons ensemble un certain nombre de rues, quais, places et jardins de cette ville au nom étrange. Accompagnant ainsi à notre manière cette recherche qui se met en route aujourd'hui.
Toutes les petites musiques jointes à ces "épisodes" sont des compositions originales instrumentales que j'ai signées. Et jouées. Je ne saurais bien sûr vous obliger à les entendre. Mais sachez, vraiment, n'y voyez aucune vanité de ma part, que le film souffrirait de cette absence de bande sonore.
Merci à tous d'être là. Si nombreux. Attentionnés et attentifs.
dB
AUTOPUB , Rappel:
"Récitar Cantando" plutôt que Roman
mon dernier ouvrage : JE EST UNE O.MBRE
est désormais disponible ICI
Allez va aucun mot puisque les hommes n'ont pas besoin de mots et que je ne suis pas un homme.
Alors je garde ta musique moins compliquée la musique qu'on traine le coeur en bandoulière en regardant le silence du soir tristement avec tant tant de lassitude
ça va c'est pas trop long
la meute ne va pas bondir à ton doigt levé ?
A part cette guérilla, sans tu et sans vous, ce que c'est beau, c'te nuit , l'homme et sa bouteille et ce quai et cette villeabandonnée. Mais vite s'écarter...sortilèges...
ohlala "christiane"...mais qu'est ce que c'est que bintz ?
ça sent l'emberlificotage et le serrage de noeuds à coulisse que l'on met autour du cou de ceux qu'on prépare pour la grande nuit de l'échafaud...
tout doux l'orgasme tout doux.
Il y a des yeux chastes et purs qui lisent ici. Acide d'ALLIEN vs Predator..à cracher dans la mer...merci pour nous...
Je ne compreds rien de ce que vous écrivez, pas plu que le titre (plein de choses qui ne sont pas dans mes mots).
Encore une fois, impossible de s'exprimer ici...
Commentaires
Allez va
christiane
05/07/08 à 00:17
Allez va aucun mot puisque les hommes n'ont pas besoin de mots et que je ne suis pas un homme.
Alors je garde ta musique moins compliquée la musique qu'on traine le coeur en bandoulière en regardant le silence du soir tristement avec tant tant de lassitude
ça va c'est pas trop long
la meute ne va pas bondir à ton doigt levé ?
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← Re: Allez va
dibrazza
05/07/08 à 00:32
Pouquoi taire le vous? Parce que le Tu est tu? Qu'il serait le silence qu'attendent certains hommes?
Restons en à vous. Voulez vous?
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← Re: om bre
christiane
05/07/08 à 01:08
je ne dis pas tu à une ombre ni vous de reste je dis à celui que j'aime ce tu qu'il a serré entre ces deux mains et qui s'est
tu
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christiane
05/07/08 à 04:29
A part cette guérilla, sans tu et sans vous, ce que c'est beau, c'te nuit , l'homme et sa bouteille et ce quai et cette villeabandonnée. Mais vite s'écarter...sortilèges...
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← PORNO SONG ?
sophie.
05/07/08 à 14:15
ohlala "christiane"...mais qu'est ce que c'est que bintz ?
ça sent l'emberlificotage et le serrage de noeuds à coulisse que l'on met autour du cou de ceux qu'on prépare pour la grande nuit de l'échafaud...
tout doux l'orgasme tout doux.
Il y a des yeux chastes et purs qui lisent ici. Acide d'ALLIEN vs Predator..à cracher dans la mer...merci pour nous...
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← Re: PORNO SONG ?
christiane
05/07/08 à 14:25
Je ne compreds rien de ce que vous écrivez, pas plu que le titre (plein de choses qui ne sont pas dans mes mots).
Encore une fois, impossible de s'exprimer ici...
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← Re: PORNO SONG ?
King Kong
05/07/08 à 14:30
Eh bien ne vous exprimez plus.
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