L'Esprit de suite

Le blog de Di Brazzá, artiste multicarte.

CHANSONS DE LA CITE RADIEUSE, Nocturnes Livre IV

(SILEO) Nocturnes, Livre V

Lundi 19 Mai 2008.

MIA MADRE SOPRAVVIVRA !

 MIA MADRE SOPRAVVIVRA !


Lettre à Erri De Luca # 1




                    Cher Monsieur,





                      Il faut dire qu’il faisait beau. Alors je suis sorti. À peine couvert, tant le vent qui soufflait était doux. Duveteux. Et j’ai marché jusqu’au centre ville. Histoire d’acheter quelques olives ainsi qu’une bouteille de bon vin, moi qui ne bois pas, ou plus, c’est selon. Mais je venais d’achever la lecture de Trois chevaux, et il me fallait bien ça pour vous écrire : un bon verre de vin et quelques olives. Là. Dans cette coupelle, que vous ne pouvez pas voir mais que je vous tends toutefois. Votre verre est, lui, d’ores et déjà plein. Sur cette table basse. Juste à côté de votre livre. Ce livre qui vient enfin me redonner, et pas qu’un peu, le goût à la lecture. Des mois, des siècles que je n’avais rien lu. Ni écrit. Ni peint. Rien. Plus rien. Plus envie. Plus soif. Plus faim. Pourquoi ? Pour rien. Quand il n’y a plus rien qui vaille, rien de ce qu’on respire n’est autre que le rien. Aucun mot, aucune phrase, aucun pas que l’on avance ne tendent vers un autre lieu que ce rien dans lequel il nous semble avoir été de tous temps englouti, digéré. Et puis vient un livre, enfin. Un petit livre. Si mince. Si bref qu’on pourrait le croire taillé pour des doigts d’enfants. C’est pour toi m’a dit une voix de femme. Voilà comment je me suis retrouvé avec vos trois chevaux en main. Pourquoi, comment, j’ai repris ma course. Comme quoi, même (et surtout ?) en terre de rien, les miracles de cette sorte poussent et prolifèrent comme fumeterres et autres mourons des oiseaux. On ne devrait jamais désespérer de rien.

                   
Votre livre, c’est dans cette édition folio que j’affectionne qu’il m’a été offert; elle sent bon, est élégante, et son papier bien qu’un peu brut émet un son très doux au tourner de la page .L’aurais-je rencontré tout seul cet ouvrage, au hasard d’un quelconque linéaire, que je l’aurais pris en main. Touché. Ouvert. Feuilleté. Caressé peut-être.  Pourquoi ? Parce que mes rencontres avec les livres ont presque de tous temps été de l’ordre de l’irrationnel. N’ai-je pas été attiré irrémédiablement, il y a des lustres, par Jean Giono uniquement à cause de la beauté, de la gravité de son nom qui me sembla et me semble encore illuminé, illuminant, à cause de ou plutôt grâce à ses deux O qui, enchâssés de la sorte, forcent nos lèvres aussi bien à l’étonnement qu’à un émerveillement quasi enfantin ; qu’à la contemplation. Ce même O, que je trouvais aussi peu après chez Modiano, puis chez Le Clézio. Ne souriez pas. Il n’y a pas à dire, ou plutôt si : il y aurait tant à dire sur la rencontre entre un lecteur et un auteur. Sur cet instant étrange qui nous voit décider que oui, oui : le livre de cet homme, de cette femme, m’accompagnera. Tant à dire sur ce moment, ténu, ou l’on craint que le livre ne nous suive pas. Ou pèse à notre bras. Regimbe, et nous projette cul à terre. 

Oui. Ce livre, votre livre, ces Trois chevaux, j’en suis persuadé je l’aurais pris en main. Pourquoi ? À cause, pour vous aussi, de votre nom. Mon nom ? Mais il n’y a pas de O dans mon nom. Oui. Pour ça, il n’y a pas de O. L’Omega, fût-il celui, violet, d’Arthur Rimbaud ne m’obsède pas. Mais il y a déjà ce prénom, Erri, qui me semble si lointain, si sonore avec son roulement de R qu’on peut entendre de toutes les manières. Un peu comme dans Erró, du nom de cet artiste islandais qui signifie maintenant c’est calme. Ce roulement de R, que vous partagez tous deux, et qui peut tout autant évoquer le ronronnement d’un moteur que celui d’un chat aimant, le roucoulement d’un oiseau que la course féroce d’un torrent de rocailles dans la nuit dévastée. Et puis ce Err, si proche de l’erreur, de l’errance. Dont on sait d’où elle provient : de Luca,  la lumière. Dis, ils sont toujours aussi timbrés tes lecteurs ? Une voix, derrière vous. Comme un frôlement sur l’épaule : Dis, ils sont toujours aussi timbrés tes lecteurs ? Je crois bien qu’elle insiste, la voix. Vous souriez. Et vous avez raison de sourire. Vous m’imaginez, là, devant un étal, en train de pratiquer une sorte de dissection des mondes, le nom d’un auteur en main. Sur la langue, plutôt, mais va : c’est tout comme après tout. Eh bien non, ces explications là, je tâche de les trouver lorsque j’éprouve le besoin de comprendre, d’aller au-delà du « parce que c’était lui, parce que c’était moi ». Lorsque je voudrais pouvoir entendre et faire entendre combien la seule lecture d’un nom propre sur une boîte aux lettres, un nom porteur d’un monde comme on dit d’une femme qu’elle porte un enfant, peut nous emmener à commettre l’irréparable : fracturer la boîte, s’emparer sans honte aucune de ce qu’elle contient en se disant qu’après tout le mot vol désigne tout autant un acte répréhensible que le ballet aérien des oiseaux.

           La nuit vient de tomber. La nuit vient de tomber et me voilà toujours à vous entretenir de ce qui fait qu’un ouvrage, tout autant qu’un corps, un visage, retient mon attention. Me ravit. Et me vole à son tour. La nuit vient de tomber et lorsque je relis tout ce qui précède je me dis que la corporation des marchands de sable n’est pas prête de s’éteindre. Que je ferais peut-être bien d’arrêter là tout ce déballage oiseux et somme toute un peu niais de sensations exquises dont le plus foireux des auteurs ferait son miel. Je vais donc me faire un café. Souffler un peu aussi. La suite sera pour demain. Ou tout à l’heure. Ou jamais, si j’en viens à me dire que, vraiment, cette lettre n’a pas lieu d’être. Sous cette forme là du moins.


à suivre...
 
Photo D.R téléchargée à partir de cette chronique d'Immemory

AUTOPUB , Rappel:    
"Récitar Cantando" plutôt que Roman
 mon dernier ouvrage : JE EST UNE O.MBRE  
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dibrazza | 00 h 53 | Rubrique : D'un jour, l'autre | Màj : 16/07/08 à 08 h 44

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Commentaires

Daniel

19/05/08 à 06:43

Salut frère! Content de te savoir de retour sur la toile!!!

Re:

dibrazza

19/05/08 à 08:46

Salut Daniel,
Content de te retrouver moi aussi. Je vois qu'on se lève tôt en Finlande.

hourra !

papiluc

19/05/08 à 12:17

Soyons honnête, je n'ai pas encore tout lu, mais je suis déjà empli de joie à retrouver celui qui m'enchante

après un si long temps...

Diantre Diantre...

Mth P

19/05/08 à 15:20


Qu'est-ce qu'elle est c0ntente... 
Mi0 Fratell0 Bravissim0...
Et je t'écris ça en suç0tant 
un n0yau d'0live
!

 

Erri parla francese !

igneus

19/05/08 à 22:02

Dis donc, c'est la classe, ç'te blog...

Ch'uis jalouse de ta lettre. Mais le HasArt a voulu que, avant de me rendre ici, ma boîte d'Huiles à [verbo-]moteurs (sélections précommandées par moi) ait justement affiché des vidéos avc Erri. Dont une où il parle de Mai 68 et en français .www.youtube.com/watch Il cause en français ! Faut que je largue les amarres et me rende à Milan illico presto !

Sinon, si on prenait ton kayak ?

Biz, joie de te retrouver.

Re: Erri parla francese !

dibrazza

19/05/08 à 22:31

Charmé de te charmer, ô Igneus!
Néanmoins, pour Milan ça me semble rapé! Quant au kayak...
De Luca, t'aurais pu l'attrapper au vol le 18 Mai , à Udine.
Te restent les :
23 Mai à Capua
6 Juin à Rome
14 Juin à Parme

(source du calendrier ICI )

Le document sur 68, je le connaissais . Depuis très peu, puisque question De Luca, je suis en apprentissage, mais je le connaissais. Je suis allé faire un tour sur You tube moi aussi à la recherche de ce tout ce qui pouvait éclairer ma lanterne.
Sur le lien que je te donne tu as aussi quelques liens audio intéressants.

Amications transattlantiques 

dB

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