L'Esprit de suite

Le blog de Di Brazzá, artiste multicarte.

CHANSONS DE LA CITE RADIEUSE, Nocturnes Livre IV

(SILEO) Nocturnes, Livre V

Mercredi 21 Mai 2008.

MIA MADRE...#3

 MIA MADRE SOPRAVVIVRA !


Lettre à Erri De Luca # 3 
                                                                                                                                                                                                                                                                       
                                                  Pour lire la première partie c'est ici
                                                  Et là pour la seconde.

  

       

 

 

 

 

 

 




" Considero valore ogni forma di vita, la neva, la fragola,la mosca"


Je ne parle pas l'italien. C'est dommage. C'est même d'autant plus regrettable que lorsque la traduction d'un texte nous  a ouvert un monde, on devrait pouvoir dans l'immédiat prendre langue avec lui. Tirer corps de son corps, chair de sa chair. Tirer chant de son chant, et rythmes de ses rythmes.
A côté de moi, du moins pas très loin, dans la pièce adjacente - une veranda que de  vieux rosiers embaument dès lors que j'en ouvre grand les vitrages - j'ai posé sur une table basse votre ouvrage de poésie "Oeuvre sur l'eau" ("Opera sull'acqua") édité chez Seghers, en version bilingue. C'est dans cet ouvrage qu'on peut trouver l'un de vos plus célèbres poèmes : Valore. Valeur.
                                                                
"J'attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige, la fraise, la mouche.
J'attache de la valeur au règne animal et à la république des étoiles.
J'attache de la valeur au vin tant que dure le repas, au sourire involontaire, à la fatigue de celui qui ne s'est pas épargné, à deux vieux qui s'aiment..."

"Considero valore ogni forma di vita, la neve, la fragola, la mosca.
Considero valore il regno minerale, la republica delle stelle.
Considero valore il vino finché dura il pasto, um sorriso involontario, la stanchese di chi non si è risparmiato, due vecchi che si amano..."

Découvrant ce poème, je n'ai pu m'empêcher de faire le rapprochement avec quelques vers de Walt Whitman, que je porte en moi depuis qu'on me les fit connaître un jour, il y a plus de trente ans maintenant, sur un ferry reliant Tunis à Marseille.

"I believe a leaf of grass is no less than the journey-work of the stars,
And the pismire is equally perfect, and a grain of sand, and the egg of the wren,
And the tree-toad is a chef-d'oeuvre for the highest,
And the running blackberry would adorn the parlors of heaven,
And the narrowest hinge in my hand puts to scorn all machinery,
And the cow crunching with depress'd head surpasses any statue,
and a mouse is miracle enough to stagger sextillions of infidels."

"Je crois qu'une feuille d'herbe n'est en rien inférieure au labeur des étoiles
Et que la fourmi est également parfaite, et un grain de sable, et l'oeuf du roitelet,
Et que la rainette est un chef d'oeuvre digne du plus haut des cieux,
Et que la ronce grimpante pourrait orner les salons du ciel,
Et que la plus infime jointure de ma main l'emporte sur toute la mécanique,
Et que la vache qui broute, tête baissée, surpasse n'importe quelle statue,
Et qu'une souris est un miracle capable de confondre des sextillions d'incroyant."

Ces vers, comme certains des vôtres auraient pu être gravés  il y a des millénaires sur des tablettes d'argile. Le Souffle les habite.
Ce Souffle que vous chercheriez à approcher au plus près, me dit-on, en traduisant les Ecritures.
Souvent la lutte armée conduit aux soutes du silence.

Cet après midi, alors que je promenais mon chien dans des sous-bois merveilleusement éclairés au coeur desquels je découvris subitement un buisson d'aubépine d'une taille impressionnante - cet arbrisseau là faisait bien ces trois mètres - je me pris à penser à vous; à vos mains de maçon, vos yeux de marin aussi - taisant sa route. Me disant que, vraiment, j'avais quitté ma maison bien trop précipitamment.  Que j'aurais dû emporter avec moi cet Opera sull'acqua. Parce qu'ici, toute honte bue, sans témoin aucun, avec l'accent épouvantable de celui qui voudrait et ne peut mais s'enchante j'aurais pu vous lire à haute voix, en italien bien sûr (jeune homme, alors que je rodais encore autour de moi, j'avais ainsi clamé Lorca, Neruda et quelques autres dans un espagnol redoutable, certes, mais qui m'emplissait bien plus de plaisir que la meilleure des traductions). Et puis, chemin faisant, je pensai aussi à tous ces prisonniers,ces forteresses, qui font que plus jamais vos pas ne seront libres. J'ai pensé à Selim, l'ami,et à Layla, l'amante, du narrateur de Trois chevaux. Et je me suis dit tiens, lui et moi connaissons en fait les mêmes gens.
J'ai pensé à Taner, dont j'entends la respiration derrière les murs de la prison de la Farlède, quand je conduis  au parloir sa femme et ses enfants.
Et que je les attends sur le parking, un livre en main.

Que faire sans les livres ?
(- "Celui-ci, je te le prête" a dit mon amie.)
Que faire sans les livres ?
(Vous aurais-je connu sans eux? Vous, et tant d'autres.)
Dans une de ses chroniques, écrite sur sur son weblog "Le Tiers Livre", François Bon tient des propos qui me font froid dans le dos. Le livre va mourir, dit-il en substance. Le livre: c'est fini. Il faut s'y habituer. La Transmutation est en cours. Demain le livre objet, le livre, le vrai livre, le seul livre sera mort. Et de faire même appel à Walter Benjamin.

Que faire sans les livres?

Puisqu'il s'écrit désormais que de la chair des arbres on ne tirera plus jamais le papier d'un seul livre; que plus jamais un mot ne sera pour nous un abri. Ni ne nous couvrira de son ombre: alors l'homme, oui l'homme n'aura plus de maison.

Mais il se fait tard, n'est ce pas?
Giono dit que "Les jours commencent et finissent dans une heure trouble de la nuit."**
Et moi en cette veille de monde privé de grains et de cours d'eaux:
Je vous salue
Et vous envie.


dB

** J.GIONO: Rondeur des Jours . Gallimard.
                                                                                          ***********

AUTOPUB , Rappel:
    
"Récitar Cantando" plutôt que Roman
 mon dernier ouvrage : JE EST UNE O.MBRE  
 est  désormais
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dibrazza | 01 h 09 | Rubrique : D'un jour, l'autre | Màj : 23/05/08 à 09 h 01

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Commentaires

Pardi...

uu

22/05/08 à 21:23

On avait annoncer la mort de la radio avec l'arrivée de la téloche.
Ben Papy FM fait de la résistance.
Et heureusement, hein. Parce que France Q (ou Cul, c'est selon), ben ça passe pas sur un plateau téloche.

Que faire sans les livres ?
Ben... les écrire pardi !
Je vais recevoir le tien dans quelques jours !

Re: Pardi...

dibrazza

23/05/08 à 09:20

Saluut UU
Je souhaite de tout coeur que mon bouquin "JE EST UNE O.MBRE" te permette de retrouver certains mO.ments magiques que nous avons partagés il y a de longs mois en arrière. 
amications trècomebackes
dB

Giono

Christiane Parrat

30/05/08 à 18:52

Giono, il sait aussi se taire, sourire et vous écouter avec le coeur présent juste au bord du silence.
Giono, il vous prend par la maim et il vous dit
Va j'ai confiance en toi
Giono est toujours là....

Ilavait dit : le jour naît à une heure trouble de la nuit...

Christiane

31/05/08 à 04:46

Le jour dans toute sa beauté naît, ô, oui je le sens à cette heure trouble de la nuit où se nouent tous les mots perdus, tous les chemins sans issue, toutes les gares de mon amie...Sapience...
Mais ce n'est pas le baiser de la mort, ni pour vous, ni pour moi. C'est la fête au milieu du vide, la clé d'or....

christiane

12/06/08 à 22:01

"Les livres, vous aurais-je connu sans eux..."
J'ai lu vos deux messages tissés comme une tresse de cerf-volant. Un vent contraire a fait revenir cette voix-là où elle est née, juste sous l'histoire de fernande qui était le sien, nom. J'aime cette femme courbée par le remords, elle peut ainsi porter la peine et la honte, sa honte.
Elle savait qu'elle se courberait pour accueillir cela, avec ses mots aux ailes frileuses, avec ses mots silence, avec ses mots honteux d'avoir fait tant de bruit, d'avoir pris tant de place mais il fallait dire, crier, héler le ciel trop propre pour que s'entende sa parole - ô, cieux baissez les yeux, ô dieux ne jugeaient pas , NOUS ne sommes pas innocents mais tout pétris de cette glaise rouge qui tache comme du sang. De la même couleur maintenant, de la même couleur.
Il est tombé, non, il a sauté, librement de vos couronnes d'argent. Icare blessé de vie, Icare foudroyé, plongeur des eaux tumultueuses et sombres, celles du sexe, de la débauche, des frôlements de bêtes, des dents pleines de sang.
Et le soleil ne changera pas son nom car la mer s'est faite douce et coupable aussi pour être son nid-clos de nacre lisse et d'algues. C'est elle qui est crucifiée sur les coraux acérés des fonds de l'immolé pour qu'il se pose doucement et y repose son corps de poisson bleu
Chut ne faites plus de bruit il dort doucement balancé par lesvagues du soir

la mer a saigné rouge ce soir sur la grève de l'île noire

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