Le blog de Di Brazzá, artiste multicarte.
Di Brazza - Jardin où vont les hirondelles. Adagio pour guitare et cordes. B.O.L du Journal d'une disparition. Inédit.
-« Écoutez. Que vous le vouliez ou non, la photo d’un homme, ça ne prouve en rien qu’il existe ou qu’il ait jamais existé. Surtout à notre époque. Avec Photoshop et tous ces logiciels de retouche qui vous font croire n’importe quoi. Vous y croyez, vous, à toutes ces photos publiées dans la presse quand on sait que les soviétiques, il y a bien longtemps déjà, bien avant l’invention de tous ces gadgets informatiques, faisaient apparaître ou disparaître qui ils voulaient, quand ils le voulaient et où ils le voulaient sur les images officielles ? Et les bimbos ? Leur corps de rêve : ne me dites pas que vous y croyez un seul instant. Alors, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Que cet homme existe ? Que je l’ai rencontré ? Non. Je ne vous le dirai pas. Même si je l’avais rencontré je ne vous le dirais pas. Et si je suis la seule à vous tenir ce discours, eh bien tant pis. Pensez vous donc passer inaperçu ? Toute la ville bruisse de vos visites chez l’un comme chez l’autre. N’iriez-vous pas chez eux qu’ils se précipiteraient à votre rencontre pour vous donner des nouvelles de votre disparu. Ils l’ont tous connu votre disparu. De très près. Pour un homme qui, à ce qui se dit ici et là, n’aurait adressé la parole à personne ou presque, c’est un peu étonnant, non, tout ce nombre de gens qui se pressent pour vous parler de lui. Pourtant, quand il s’agit de parler de la gare, des disparus de la gare, là, c’est le grand désert. De témoins il n’y a. Disparus les témoins. Comme les disparus de la gare. Ah si elle pouvait disparaître cette gare voilà ce qu’ils pensent tous ces gens qui vous font la cour. Qui s’intéressent tant à vous et à votre disparu. Mais elle est là, la gare, elle les regarde la gare, regardez la. Oui. Vous le savez, vous, combien de trains sont partis d’ici ? Combien de femmes, combien d’hommes, combien d’enfants, combien de vieillards qu’on aura parqués ici auparavant, dans ce Jardin où vont les hirondelles ont été convoyés à partir d’ici et ne sont jamais revenus ? Combien d’entre eux ont disparu ? Non. Vous ne le savez pas. Et d’ailleurs, ça ne vous intéresse pas. Que j’aie disparu moi aussi avec ces trains, ça ne vous intéresse pas non plus. La seule chose qui compte à vos yeux c’est lui. Lui et encore lui. Pourquoi ? On ne sait pas. Vous ne dites rien. Comme lui. De plus, je ne suis pas certaine que le retrouver soit votre préoccupation première. Pourquoi ne demandez vous pas à tous ces gens là que vous rencontrez la seule et unique question qui vaille : savez vous où il est allé ? Hein ? Pourquoi ne la posez vous pas cette question, savez vous où il est allé ? ? Parce que vous en connaissez la réponse ? Parce qu’elle ne vous intéresse pas, cette réponse ? Parce que vous le savez encore ici ? Qu’il ne peut en être autrement ? Parce que vous soupçonnez qu’Où suis-je ? est une ville qui ne connaît pas de bords, comme le monde ? Mais non, il y a un bord. Ces trains dont je vous parle nous l’ont démontré : il y a un bord. Notre monde a un bord. Je le sais : je l’ai franchi. Non, je ne suis pas revenue. Je suis là bas. C’est de là bas que je vous parle. Oh mon dieu. Mon dieu, excusez moi. Je vous en prie, excusez moi. Je ne voulais pas vous peiner. Mon dieu, pourquoi vous ai-je dit tout ça ? Je le regrette. Ne m’en veuillez pas. Je ne suis pas une mauvaise personne. Je vous en prie, je vous en prie ne m’en veuillez pas. C’est à cause des trains tout ça. À cause de ces hirondelles qui passent au dessus de nous, de ce parc, et ne s’arrêtent plus, jamais. Vous comprenez ? Jamais une hirondelle ne fait halte, ici, dans ce jardin. Il n’y a plus que ça qui a de l’importance pour moi dorénavant. Qu’elles reviennent. Mais voilà : elles ne reviennent pas. Jamais. Si votre homme avait apporté avec lui l’espoir qu’une hirondelle, une seule, nous revienne ; alors là, croyez moi, je serais la première à participer à votre quête. Mais qu’a-t-il apporté en venant vivre ici, s’il a jamais vécu parmi nous. Comment ? Il ramassait les oisillons tombés du nid ? On vous a dit ça ? Qui vous a dit ça, et qu’en faisait-il ? Les oisillons, il y a des gens qui les mangent, monsieur. Oui, il y en a bien plus qu’on ne le croit qui s’en délectent. Leurs os seraient même si tendres qu’on pourrait les mâcher, à ce qui se raconte. Il ne les mangeait pas ? Eh bien tant mieux. Puisque vous l’affirmez. Mais vous a-t-on vraiment dit ce qui leur arrivait après qu’il les eut recueillis ? Vous voyez : ils ne vous l’ont pas dit. Rien ne vous prouve que cet homme n’était pas un monstre. Puis-je voir à nouveau sa photo ? Voulez vous ? Puis-je la toucher ? Merci. Accepteriez-vous que nous nous asseyions un instant ? Ici, par exemple, sur ce banc. Merci. Je vais fermer les yeux. Ne vous inquiétez pas. C’est ainsi que je vois le mieux (…). Comment ? Oh mon dieu, plus d’une heure a passé ? Déjà ? Non je ne dormais pas. Vous ne m’avez pas réveillée. Cependant, je n’ai pas pu finir, voyez vous. Puis-je garder cette photo jusqu’à demain ? Non ? C’est dommage. Vraiment dommage. Peut-être aurais-je pu vous aider, vous avez l’air si triste. Comme lui. C’était un homme triste, n’est-ce pas ? »
Di Brazzá - Jardin où vont les hirondelles (Pour M.C)
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Ce chapitre est le sixième du Journal d'une disparition. Qui constitue la deuxième partie de mon Livre de Nocturnes, (Chochottes blues?) en étant la première. Il s'agit bien entendu d'un premier jet.
Si vous le voulez bien nous arpenterons ensemble un certain nombre de rues, quais, places et jardins de cette ville au nom étrange. Accompagnant ainsi à notre manière cette recherche qui se met en route aujourd'hui.
Toutes les petites musiques jointes à ces "épisodes" sont des compositions originales instrumentales que j'ai signées. Et jouées. Je ne saurais bien sûr vous obliger à les entendre. Mais sachez, vraiment, n'y voyez aucune vanité de ma part, que le film souffrirait de cette absence de bande sonore.
Merci à tous d'être là. Si nombreux. Attentionnés et attentifs.
dB
AUTOPUB , Rappel:
"Récitar Cantando" plutôt que Roman
mon dernier ouvrage : JE EST UNE O.MBRE
est désormais disponible ICI
Illustration haut de page:Copyrights: © Di Brazzá
dibrazza | 11 h 21 | Rubrique : JOURNAL D'UNE DISPARITION. Nocturnes Livre II | Màj : 26/07/08 à 08 h 02
Commentaires
Vol d'hirondelle venant de la droite
sapience malivole
09/07/08 à 19:06
Je ne fais que passer pour bruire un peu dans votre ville....Flop flop flop....
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