Le blog de Di Brazzá, artiste multicarte.

- « Moi, les jours, je les compte pas. Ce sont eux qui me comptent. Tiens, il est encore là celui-là ? Ou bien il s’est donc pas encore accroché ? Voilà ce qu’ils se disent les jours quand ils font leur tournée. Oui je suis là. Encore là. Toujours là. Et alors ? Je m’accrocherai pas. Jamais. Ni aujourd’hui ni demain ni après-demain. Et d’ailleurs, qu’est-ce que c’est demain ? Hier, aujourd’hui, demain : qu’est-ce que ça change ? Ils se prennent pour qui les jours, à s’inventer comme ils se l’inventent et un passé et un présent et un futur ? Un futur. Les cons. Moi, je dis le temps c’est l’océan. Qu’il se retire ou nous revienne les bras chargés d’épaves et de naufragés, qu’il nous enveloppe de brumes, de brouillards fourrés aux grumeaux, comme à la gamelle ; qu’il nous transperce à coup d’averses torrentielles ou lisse nos cheveux aussi doucement que les lisseraient les larmes d’une femme ; qu’il nous transporte ou nous engloutisse, nous digère ou nous déglutisse, il n’empêche : chaque marée contient tout autant celle qui la précède que celle qui suivra. L’océan c’est le temps. Et inversement. Alors, quand avec Madame Delorme, ou n’importe qui d’autre d’ailleurs, je dis aujourd’hui, ou demain, ou fais appel à un quelconque souvenir il faut qu’on sache, qu’on se mette bien dans la tête que je n’emploie ces mots que dans le seul souci de parler la langue dans laquelle on me parle. Puisque tout ça pour moi c’est rien d’autre que la marée, l’océan tout puissant. Madame Delorme c’est mon éducatrice. Elle vient me voir ici, au parloir avocat, toutes les semaines. Depuis cinq ans dit-elle. Nous nous connaissions bien avant dit-elle aussi. Elle m’a vu grandir. Aurais-je cessé de le faire ? Madame Delorme, je n’ai jamais été foutu de savoir son prénom. Moi je dis Catherine. Parce que sur sa carte de visite, il y a marqué C. C.Delorme. Ce pourrait être Claude, ou Chantal, ou Claire ou ou ou ou, mais moi, dans ma tête j’ai choisi Catherine. Je dis bien dans ma tête parce que Catherine refuse que je l’appelle Catherine, ou Chantal ou ou, ou ou. Catherine s’appelle Madame Delorme un point c’est tout. Et me vouvoie. Et exige que je la vouvoie de même. Mon pote Dja, son éducateur le tutoie – il s’appelle René – et Dja le tutoie aussi. Avec madame Delorme, il n’en est pas question et le sujet d’ailleurs n’est plus abordé depuis notre première rencontre. Entre nous ce sera vous. Quand j’en parle à Angèle, Angèle c’est ma mouche, ma mouche apprivoisée, j’ai l’impression que chacun de ses trois mille et quelques yeux clignotent de malice : entre nous c’est bien différent, n’est-ce pas, Giovanni ? Angèle, quand je l’ai connue, elle faisait partie de ces millions de mouches qui avaient subitement envahi toute la région. Chacun, à la télé, à la radio, dans les journaux, les magazines, avait son explication sur le phénomène. Même ici, dans nos murs, elles étaient présentes partout. Impossible de s’en débarrasser. Murs, plafonds, assiettes, verres, draps, chiottes : tout était recouvert d’un tapis vrombissant. Aucun produit, fut-il le plus toxique n’en venait à bout. Et puis un jour elles sont parties. Comme elles étaient venues. Pourquoi ? Comment ? Chacun là aussi eut quelque chose à dire à ce sujet. Seule Angèle est restée. Au début, elle a tout fait pour me saloper la vie. Toujours sur mon front, mon nez, ma bouche. À tel point sur le rebord de mes lèvres que j’ai failli cent fois l’avaler. Enfant, les mouches, je les faisais brûler. Je bâtissais un petit piège, avec un petit dais de papier de soie ou de papier-cul tendu entre quatre minces piliers de bois. Sur ce dais je disposais un peu de confiture. Quand une mouche venait se poser là-dessus alors, prestement, j’allumais la bougie située juste en dessous et la salope n’avait pas le temps de se calter. Brûlée vive en moins de deux. Je tirais, il va sans dire, un grand plaisir de la contemplation de leur martyre. C’est donc tout naturellement que je pensais réaliser le même genre de truc avec Angèle. Qui, en ce temps là ne s’appelait d’ailleurs pas encore Angèle. Mais, quand elle s’est posée sur le piège, quand elle a enfoncé goulûment sa salope de petite trompe dans la confiote que j’avais étalée là à son intention, le cœur m’a manqué. Et tant pis si j’ai l’air con mais voilà : je l’ai trouvée mignonne. Je me suis dit pourquoi pas être amis. J’ai choisi un prénom. Angèle. Parce que les mouches, elles aussi, sont des anges. À leur façon. Alors, à partir de ce moment là c’est sur mon poing que je disposais un peu de confiture. De la myrtille. Ma préférée. Et j’attendais sans bouger qu’elle vienne. Ce qu’elle ne manqua pas de faire, sans crainte aucune. Angèle, c’est une audacieuse. Depuis, elle vient plusieurs fois par jour se poser sur mon poing fermé. Confiture ou pas. Et nous nous regardons. Moi avec mes deux seuls yeux, elle avec ses trois mille et quelques, dans lesquels j’espère un jour pouvoir entr’apercevoir mon reflet. Lorsque je lis, je lis beaucoup, de toutes façons ici, c’est lire, ou écrire, ou la télé, ou se branler - je préfère lire – Angèle se ballade entre les lignes. Quelquefois on dirait qu’elle me montre quelque chose, un mot, un son, un signe qui m’aurait échappé. Au début, les livres, c’était Catherine qui me les conseillait. Mais elle se plantait toujours. Ça me plaisait jamais. Alors quand elle me dit, Giovanni, vous qui aimez lire, vous devriez peut-être voir si celui-ci (ou celui-là) est disponible à la bibliothèque, qu’est-ce que vous en pensez ? Je fais le mec intéressé-oui-oui. Mais je l’écoute plus. Les livres, c’est moi qui les choisis. Ou plutôt eux qui me choisissent. Là-dessus, Catherine à raison. Elle dit les livres c’est comme les femmes, Giovanni, il ne suffit pas de les ouvrir, ni même de les regarder : encore faut-il qu’ils vous regardent. Je ne lis, je n’ouvre, que les livres qui m’ont regardé. De la bonne façon. Catherine, elle me dit aussi souvent Giovanni, vous qui aimez tant lire, pourquoi donc n’écrivez vous pas. Non non je réponds, non je saurais pas. En fait ce n’est pas l’envie qui me manque. Mais si je lui parle de ce que j’aimerais écrire je verrais arriver une telle horde de ne pensez vous pas que , que cela m’ôte toute envie de lui en faire part. En fait, depuis que j’ai jeté un œil sur
Di Brazzá - Angèle - (Pour A.M)
Chochotte blues?
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"Récitar Cantando" plutôt que Roman
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dibrazza | 19 h 25 | Rubrique : (CHOCHOTTES BLUES?) Nocturnes, Livre I | Màj : 26/07/08 à 08 h 27
Commentaires
Janacek...dans les brumes...sur un sentier recouvert...sonate...piano...
christiane
15/06/08 à 20:45
Dix fois, je l'ai écouté cette montée folle comme un coeur qui bat très vite, dix fois je n'ai pu supporter que cette musique soit suivie de silence,dix fois...peut-être plus et à chaque fois
je me heurtais, comme angèle, aux murs de ce cachot, de cette cellule close...bien sûr j'aurais pu sortir par la petite fenêtre là-haut, entre deux barreaux mais je ne pouvais pas pas le quitter pas m'éloigner me posais partout sur lui au début il me chassait avec sa main un jour il a même tenté de me coller c'était doux et sucré ça me collait aux pattes aux ailes partout
et puis il a glissé une petite brindille et j'ai pu m'échapper les ailes toutes alourdies et sales me suis posée sur le rebord du lit mon coeur battait très fort j'étais à sa merci
il s'est approché doucement il a soufflé sur mes ailes c'était doux et tiède je regardais ses yeux attentifs comme ceux d'un enfant avec parfois des éclairs cruels que j'n'aimais pas
après j'ai tenté de me poser là tout contre ses paupières quand il bouge les cils en dormant je jouais dessus sur ses sourcils aussi parfois de petites gouttes de sueur naissent je les goutte c'est salé quand il se réveille je traîne un peu juste pour qu'il sente que je suis là parfois je me pose sur sa main juste sue la peau très douce à l'intérieur du poignet...il y a une veine qui bat doucement cela fait un bruit de rivière (une sonate;;;un arpège;;;ma musique de ce soir...)
je sais qu'il ne me fera pas de mal juste je m'envole et me cache quand ses démons reviennent
quand il cogne partout quand ses yeux ont un éclat fauve quand l'autre vient la femme qui parle tout le temps j'n'aime pas son parfum
puis elle repart et nous sommes seuls enfin
ce que je préfère c'est la nuit quand il dort et que je peux me promener partout sur lui
un jour je voudrais qu'il se regarde dans mes yeux pour qu'il sache tout le ciel que j'ai gardé pour lui dans chacun d'eux
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← Re: Janacek...dans les brumes...sur un sentier recouvert...sonate...piano...
dibrazza
15/06/08 à 20:55
Christiane,
Depuis quelques jours, ici et ailleurs ( je songe spécialement à PL) vos commentaires sont de vraies petites re-créations. Vous devriez ouvrir un blog: il serait lu. Sérieux. En ce cas choisissez Viabloga. Petite équipe à l'écoute et performante. Très beau pas cher. Et jusqu'à présent jamais de spoutnicks russes pour venir tordre les nerfs des uns et des autres. Pas comme sur le serveur qu'on ne nommera pas où sévit depuis toujours régulièrement une sorte de guerre des étoiles dans laquelle Georges Lucas, hélas, n'est pour rien.
amications viablogates
dB
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← Re: Janacek...dans les brumes...sur un sentier recouvert...sonate...piano...
christiane
15/06/08 à 21:02
Non, je n'ai rien à dire sur un blog...juste
j'aime bien vos musiques vos mots à tous deux
vous me donnez envie d'écrire mais à vous
si d'autres butinent c'est égal
ange aile
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← chasseurs de papillons
christiane
16/06/08 à 02:50
vous permettez, di Brazza, que je me serve de votre "boite à lettres" pour faire passer un message ? C'était bien quand vos messages arrivaient vers minuit, "je m'habillais le coeur et j'attendais" mais maintenant ils arrivent à n'importe quelle heure et je ne peux plus attendre...me préparer à la fête
alors je suis venue quand même pour "eux". Vous avez parlé du petit peuple de l'ombre de viablogla, ceux qui trient les messages et les orientent vers vous et d'autres "domiciliés" ici , comme vous, et j'ai trouvé ceux-là extraordinaires. c'est pour eux que j'écris puis que vous vous êtes, je ne sais où ... Je les imagine, dans une grande salle à clair-de-ciel avec des filets à papillons et ils les guettent ces mots venus de toute la planète terre et les attrapent et les regardent et les soupèsent et les prennent, délicatement dans les filets et les mots se débattent sauvages et indociles. Parfois, ils arrivent à s'échapper et voilà nos amis affolés demandant de l'aide et deux ou trois chasseurs de mots venus les aider. Un vrai film muet avec des chutes et des éclats de rire. Peut-être bien qu'un jour, un amoureux des mots, va n'en faire qu'à sa tête et qu'il va ouvrir le ciel et libérer les mots. Alors ça va être un ciel de lucioles avec des mots perdus qui vont virevolter partout. Les noctambules les regarderont et croiront voir des aurores boréales et vos boites resteront vides et vous penserez n'avoir plus d'amis alors que les mots écrits pour vous seront en train de s'essayer à voler de leurs propres ailes.
Ah ! vous dites des choses si jolies et comme vous, vous dormez je m'ennuyais un peu alors je suis venue jouer avec les chasseurs de mots et leurs filets à papillons...
ah! aussi, je voulais vous dire et cela c'est pour vous, si un jour vous en avez assez de me trouver engluée comme une mouche dans la confiture de vos mots, dites-le, pffff, je disparaîtrai par la fenêtre de vos yeux de poète et j'irai dans un ciel, sans chasseur de papillons, un ciel de silence et de mots tristes puisque vous n'aurez plus voulu d'eux.
Bonsoir, mon poète. Vous dormez ? alors je vais me poser là juste au-dessus de votre lèvre sage pour y poser un baiser...
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