Le blog de Di Brazzá, artiste multicarte.
Chochottes blues ? (Michel)

"Creció en mi frente un árbol,
Creció hacia dentro.
Sus raíces son venas,
nervios sus ramas,
sus confusos follajes pensamientos."
("Dans mon front a poussé un arbre/Il a poussé au-dedans/Ses racines sont des veines/des nerfs ses branches/Ses feuillages confus des pensées")
Ottavio Paz - Árbol adentro - L'arbre au-dedans)
Joseph Achron - Hebrew Melody - op. 33. CD disponible ICI
-« Bon. Alors là, d’accord. D’accord. Je ne dis pas. Vous avez raison. Tous les deux. C’est bien vrai qu’il devrait le faire. Et même qu’il devrait déjà l’avoir fait. Qu’est-ce que tu veux, Minne, Éphraïm il est comme ça. Tout en bois. Même pas, non. Il est pas tout en bois. Il est le bois, Éphraïm. Son cœur c’est pas du sang qu’il brasse, c’est de la sève. La sueur sur son front c’est pas de l’eau, non, c’est pas de l’eau. C’est de la résine. Et c’est comme ça depuis toujours chez eux. Son père il était comme ça, tu l’as connu, hein, Minne, tu peux le dire toi aussi son père il était comme ça. Et son grand-père aussi. Et son arrière grand-père et son arrière-arrière grand-père : du pareil au même. Tous menuisiers. Ces gens là ils sont heureux que dans un nuage de sciure et de copeaux. Et le ronron de leurs machines. Pas comme moi avec mes livres. Qu’est-ce qu’il me chambre là-dessus Éphraïm. Un livre ? Qu’est-ce que c’est un livre? À quoi ça sert un livre ? Ils sont tous là vos livres, il me dit tout le temps, en me désignant du doigt tout ce bois qui l’entoure : ils sont là ! Et là, tu vois, Gibbe, là, il plonge la main dans la sciure, très théâtralement, et il laisse couler tout ça, toute cette pluie sèche entre ses doigts : ils sont là vos livres, Albert. Là. Oui, Éphraïm me vouvoie. Et moi aussi, d’ailleurs, je le vouvoie. Ça nous vient d’il y a longtemps. Au début c’était comme un jeu. Je t’explique. En ce temps là on se voyait très peu. Je faisais mes études en ville. Alors, c’était plutôt pour les vacances qu’on se rencontrait. Et puis, quand j’ai eu le Capes, et que j’ai payé le champagne, il m’a donné du monsieur. Monsieur Albert. Pour s’amuser. Et moi j’ai joué le jeu. J’ai dit aussi monsieur. Monsieur Ephraïm. Avec du vous long de trois mètres. Ça nous amusait. Ça faisait sourire aussi autour de nous. C’est resté. Mais plus comme un jeu, non. Minne, elle a son explication à ça. De toutes façons, Minne, elle a une explication pour tout. Tu sais ce qu’elle dit ? Elle dit ces deux là ils s’aimaient trop tu vois alors en bons voisins ils ont planté une clôture entre leurs jardins, une haie, pour être plus précise ; pourquoi une haie ? Mais pour que les oiseaux y nichent, tiens, et cette haie ça leur permet de garder leurs distances, de s’aimer simplement comme on s’aime quand on s’aime à travers les oiseaux. Elle parle bien, Minne, hein ? Hein que tu parles bien , mon cœur ? Tout ça me fait penser que demain c’est dimanche. Et que tous les dimanches Éphraïm et moi on mange ensemble. Le jour du seigneur. Un coup chez l’un, un coup chez l’autre. Bien sûr tu viendras avec nous. On va pas te laisser ici. D’autant plus qu’Éphraïm, sa femme je ne te dis pas comme elle cuisine. Ça serait inhumain de te laisser ici. Non non te gêne pas, Éphraïm, Minne l’a déjà prévenu qu’on aurait quelqu’un avec nous. Qu’est-ce que tu dis, Minne ? Eh oui. Bien sûr. Bien sûr qu’on parlera pas de Michel. Quoique tu sais c’est pas l’envie qui me manque. Parce qu’enfin, ça fait longtemps qu’il aurait du le faire ce petit geste, non ? Qu’est-ce que ça lui coûte ? Même pas de l’argent. Et même si c’était de l’argent, Éphraïm il s’en fout de l’argent. C’est pas lui qui va leur donner raison aux types qui disent que les juifs ils s’accrochent. Parce qu’alors lui, ça c’est sûr, plus généreux que lui, et avec tout le monde : y a pas. Et puis en plus il est même pas juif Éphraïm. Il est catho. Catho comme je suis catho, tu vois un peu le style, mais catho quand même. La colo chez les frères, le service à la messe, sonner l’angélus à pas d’heure : on a fait tout ça ensemble quand on était marmots. Catho ça lui vient de la guerre, bien sûr. Chez eux il y a pas eu de morts. Aucun. Faut dire qu’au village, là où il habite encore et que moi j’ai quitté une fois le Capes en poche pour aller bosser à Marseille, les allemands on les voyait guère. Et puis, quand ils venaient, y avait une maison avec une porte secrète qui donnait sur un petit réduit où ils se planquaient. Cathos d’accord, mais planqués tout de même : valait mieux. Et chez nous, faut le relever, y a pas eu un crapaud pour aller crapoter aux boches. Éphraïm, lui, il a pas connu ça. Quand il est né, la paix avait déjà cinq ans. Et comme ses parents, d’être devenus cathos ça leur avait pas tant déplu que ça, leur premier petit ils l’ont baptisé à la mode romaine. Mais avec un prénom juif. Quand même. Et les suivants aussi. Mais bon, que ce soit juif ou catho, Éphraïm, je peux te le dire : il s’en balance. Moins juif que lui tu meurs. Quoique quoique. Un jour tu vois, j’avais envie de me le chahuter un peu. Alors je lui fais dites monsieur Éphraïm si vous êtes pas juif pourquoi chez vous on voit un beau chandelier à sept branches ? Tu sais ce qu’il m’a dit ? Ce chandelier, monsieur Albert, je l’ai parce qu’il est beau ; vous vous séparez, vous, de ce qui participe à la beauté du monde ? Alors là je lui dis, parlons en de la beauté du monde. Et je me mets à lui parler de la porte cochère. Sa porte cochère. Je t’explique. La menuiserie d’Éphraïm – moi j’habitais juste en face, c’est comme ça qu’on est devenus copains – elle se situe au fond d’une impasse, sur la gauche quand tu viens du village. Et ce qui ferme l’impasse c’est la grande, l’immense porte cochère qui permet d’accéder à sa maison. Oui, il habite juste à côté. Un immense presbytère avec une vue que je ne te dis pas sur
Di Brazzá - Michel (pour Màc, E.C et A.)
Chochotte blues?
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"Récitar Cantando" plutôt que Roman
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Illustration haut de page: Doken Broll # 27 Copyrights: © Di Brazzá
dibrazza | 00 h 05 | Rubrique : (CHOCHOTTES BLUES?) Nocturnes, Livre I | Màj : 26/07/08 à 08 h 26
Commentaires
ce silence
christiane
12/06/08 à 07:33
quand je venais ici... dB... s'en moquait... alors je ne viens plus. je lis tristement toutes ces belles histoires et je n'écris plus ...pour ne pas "débouler", pour ne pas envahir, pour arrêter les ricanements insupportables, pour faire qu'on ne s'occope plus de nous et le silence est plein de paroles qu'ils ont tuées, même vous avec vos sarcasmes...
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← Re: ce silence
dibrazza
12/06/08 à 13:14
Non, Christiane, je ne m'en moque pas. Mais c'est bien vrai que, quelquefois, trop de commentaire tue le commentaire. Quant au silence il a ses vertus réparatrices. Le silence je le parle couramment; croyez moi, ça répare.
Merci de votre intervention plus bas. Mais bon, cet homme-là, qui signe Bartleby: laissons lui le droit de "préférer ne pas". Après tout, peut-être a-t-il raison. Au moins, au mieux - allez savoir - le dit-il, l'écrit-il.
Et puis qu'en serait-il du monde si tout le monde avait un Arbre au-dedans?
amications Iwould prefernottottes
dB
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← Re: ce silence
christiane
12/06/08 à 13:39
je sais que vous n'aimez pas qu'on le dise : MERCI.
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bartleby, mettons
12/06/08 à 12:32
Franchement il m'est impossible d'entrer dans votre texte, est-ce délibéré la logorrhée indifférenciée? comprenez : si on prend simplement le critère d'une certaine justesse, au sens de pertinent et de dosé, c'est difficile, et cette pandémie stylistique qui gagne du terrain ferme la langue exactement là où elle prétend l'ouvrir. Bon excusez-moi.
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← Re:
christiane
12/06/08 à 12:47
Bartleby, puis-je vous dire, bien que nous ne nous connaissions pas, que la langue dans ce texte n'est pas fermée elle EST émue, elle tremble, elle s'avale, elle lutte contre l'anéantissement, elle veut être encore arbre et feuillage avant que le désespoir ne la transforme en sciure, en chair à livre qui aura su se dire. Il y a des mots, tant de mots ici que vous n'avez pas vus parce qu'ils sont cachés en pleine lumière dans la forêt des autres mots. Relisez. Oubliez vos habitudes, votre désir mathématique d'élucidation, écoutez ce qu'ils transmettre avec cette autre oreille, celle du coeur.
désolée de vous apostropher mais ce n'est pas parce que je l'encolère que je peux lire ce contre-sens.
Très confuse.
Christiane
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