Le blog de Di Brazzá, artiste multicarte.
Chochottes blues ? (Babeth)

" Attendre ce n'est pas un pays,
c'est une défaite."
P. Landreau ( Epopée islanérienne)
Antonio Vivaldi. L'estro Armonico . Cto 6 in A - RV356 , Largo.CD disponible ICI
-« Rafael, lui, c’est dans le dos qu’il avait la carte de Corse. Ça lui en faisait une belle, tiens, de tapisserie. L’homme qui lui avait tatoué ça, assurément, c’était un grand artiste. Il n’y manquait pas un village. Pas une route. Pas un sentier. Pas un village ? Il y manque Ste Lucie. La mienne de Ste Lucie. Celle de Tallano, il m’a dit. Comment il pu faire ça ce mec ! Il l’a fait exprès, c’est sûr. C’est pas grave, petit. Pas si grave que ça. Ton village, de cette façon, il devient un peu comme un secret, quelque chose qu’on aurait pas l’idée de confier au premier venu. Ta part de ciel en quelque sorte. Sa part de ciel ? Eh oui, je me doutais bien que ce genre de choses ça t’échapperait. C’est que t’es pas d’ici, toi, je sais bien. Tu nous viens d’ailleurs. Écoute. L’ombre chez nous, les gens du sud, on dit que c’est la belle captive. Chacun de nous ici dresse ou a dressé de grands murs pour se couler dans sa respiration, tu vois. T’en verras jamais un qui pressera le pas dans l’entrelacs de nos rues étroites où le ciel, puisqu’on parle de lui, il peine à ruisseler. Qu’aurions nous donc à craindre de l’obscurité nous autres puisque nous en faisons le pain que nous cuisons. Toutes les choses tues, comme étouffées, la chambre secrète, de l’homme du sud, du simple maçon à l’architecte, tu vois, c’est dans sa part de ciel qu’elles se tiennent. Là seulement on peut espérer les trouver. Alors tu vois, je ne me trompais pas trop en lui disant, à Rafael, que l’absence de son village dans son dos, sa quasi disparition, ça pouvait être que sa part de ciel. Et d’ailleurs, comment tu l’as vu qu’il manquait, ton village, je lui ai demandé. Elle est dans ton dos ta carte. T’as des yeux dans le dos maintenant ? Bien sûr que non j’ai pas des yeux dans le dos, il m’a répondu, je l’ai faite photographier. En numérique. Et je l’ai agrandie sur mon pc. Et je te dis pas : Ste Lucie : mon cul. Pas de Ste Lucie, plus de Ste lucie. Y a Sartène mais Ste Lucie mon cul. Pourtant merde c’est pas loin, Ste Lucie, de Sartène. Bon, alors là j’essaye de détendre l’atmosphère, je lui dis : peut être que ton tatoueur il avait une dent contre quelqu’un à Ste Lucie de Tallano, va savoir, ça peut expliquer. Qu’est-ce que j’avais pas dit. Parce que là il m’a fait ses yeux en pains de plastic. Et ça, je te le dis les yeux en pains de plastic de Rafael, c’était pas une mince affaire. Me serait pas risqué à ce moment là à lui rappeler que corse, il l’était pas tout à fait le Rafael. Qu’il était plutôt le fruit d’un assemblage. Vu que sa mère elle est du Périgord. Oh non je m’y serais pas risqué à ce moment là. Parce que les corses qui sont pas tout à fait corses ils sont souvent plus corses que les corses. Alors j’ai laissé tomber, j’ai plus rien dit. Je faisais souvent ça quand il faisait ses yeux en pains de plastic. Ça désamorçait. Et puis on passait à autre chose. Souvent un tu permets que je me resserve ? Et il se resservait. Rafael, à une époque, il venait presque tous les soirs. À l’heure de l’apéro. Quelquefois je le retenais à dîner. Parce que dîner seul, tu sais ce que c’est, hein ? Et la plupart du temps on parlait de Babeth. Ou plutôt on parlait babeth comme d’autres parlent anglais, ou chinois, ou turc. Le babeth, tu vois, moi je le parle couramment depuis ce temps. Des discours entiers je pourrais te faire en babeth. Babeth, c’était la fille qui travaillait chez la buraliste, juste à côté du p.m.u. Une très jolie fille. Toute simple, mais pas simplette, loin de là. Intelligente, oui. Et rieuse. Une vraie mouette. Mais attention, quand elle ouvrait la bouche c’était gracieux. Pas comme le cri de la mouette. Non, de la mouette elle avait pris, et gardé, que ce qu’il y a de bon, la grâce, l’élégance, la légèreté. Le goût de l’aventure peut-être, mais bon : ça je sais pas, j’ai jamais su, je peux pas m’avancer. Bref elle avait, cette petite, tout ce qui fait qu’une femme peut te damner un homme pour l’éternité. J’avais un ami, quand il parlait de ce genre de femmes il disait les Créatures. Et il fallait entendre ça quand il le disait ce Créatures. Mais, bon, revenons en à Rafael. Celui là, il en était fou amoureux de cette fille. Ah la la il fallait l’entendre quand il te parlait d’elle en babeth ! Et moi je lui disais pourquoi tu lui dis pas, pourquoi tu lui dis pas que tu l’aimes à cette petite. Mais il lui disait pas. Il lui disait jamais. Il la regardait, c’est tout, à peine si il disait un mot puisqu’elle connaissait sa marque de cigarettes. Ou alors juste foutu de lui glisser un mot sur le mauvais temps qui faisait que pour la pêche au poulpe c’était foutu, ou alors lui glisser un poulpe, tout frais le poulpe dans son papier journal, qu’il venait de pêcher pour elle, pas le papier journal bien sûr, le poulpe. Juste pour elle. Où a-t-on vu ça d’offrir un poulpe à une gonzesse. Rafael je lui disais, t’es vraiment sûr de lui faire plaisir en lui offrant un poulpe ? Au moins porte lui des oursins. C’est vrai que ça pique mais, bon, un oursin quand elle l’ouvre, n’importe quelle femme sent que cette étoile rouge, qui mouille un peu dans ses laitances c’est elle, elle toute entière. N’importe quelle femme aurait compris qu’il aurait bien voulu y mettre la tête sur son étoile rouge, le Rafael. Mais non, lui, c’était les poulpes. Comment ça ? Non, Rafael c’était pas comme un fils. Un fils j’en ai déjà eu un. Un vrai. Et si je te le dis comment il est mort mon petit, le vrai, tu vas pleurer. Alors je te le dirai pas. D’ailleurs, Viviane, c’est ma femme, elle s’en est jamais remise, c’est pour ça qu’elle est en maison. Rafael c’était un ami. Même si moi j’avais plus l’âge de l’accompagner dans ses virées. Et heureusement d’ailleurs. Parce qu’en matière de virées, drôles de virées. Rafael c’était le désespoir de ses parents. Il s’aimait pas. J’ai un gros nez il disait. Allez lui dire qu’il était pas gros son nez et que même s’il était gros il avait qu’à regarder Depardieu, que ça l’empêche pas de se faire les femmes les plus canons celui-là; il vous écoutait pas. C’était le nez, le nez qui l’empêchait. Peut-être pour ça qu’il se fourrait plein de trucs dedans le Rafael. Et pas ce qu’il y avait de meilleur. Il marchait à la cocaïne. Faut bien le dire. Il se la fourrait dans le nez ou pire, à une époque : dans le bras. Alors là ça le rendait fou. Une fois il est sorti dans la rue avec un sabre de collection à son père et il se battait contre des esprits. Moi je lui disais, à la limite, saloperie pour saloperie, je préférais quand tu carburais à l’héroïne, ça te rendait plus calme. Quand t’arrivais à la maison, souvent aprèsl’apéro tu roupillais sur le divan, comme ça: d'un coup. T’étais là sans être là. Mais au moins tu tirais pas le sabre contre des anges qui n’existent pas. Y en a ça les aide de prendre ça. Toute cette saloperie. Ça leur rend la parole. Alors ils disent ce qu’ils ont à dire. Mais Rafael lui c’était pas le cas. Il profitait pas de cet état second pour aller dire ses quatre vérités d’amour à Babeth. Au contraire. À ces moments là, ou il se cachait derrière son nez, ou il se planquait chez moi. Moi je lui disais mais putain dis lui que tu l’aimes, dis lui, t’as qu’à faire comme l’Ugolin, tu l’as vu le film avec Daniel Auteuil, tu lui dis comme ça Babeth Babeth je t’aime je t’aime d’amour Babeth, tu lui fais un peu le cinéma pour lui montrer que c’est du cinéma sans l’être, ça la fera rire, tu verras. Il l’a pas fait. Juste bon à faire saisir sa carte de loto et à prendre un paquet de clopes. Et à offrir des poulpes. Et puis un jour la petite, elle a disparu. Impossible de savoir où elle était passée. Il avait dû se passer quelque chose de pas clair avec le patron. Parce que le patron même à moi il a dit juste elle est partie et il m’a présenté la nouvelle. Il a pas voulu me dire pourquoi elle travaillait plus chez eux. Ni où elle était. Alors, quand je l’ai aperçue des années plus tard, à la caisse d’un supermarché, à Plan de Campagne, tu parles que j’étais content. J’ai fait la queue de son côté. Quand ça a été mon tour elle m’a reconnu. Elle aussi elle était contente. Elle m’a dit : et Rafael. Ses yeux ils me disaient, ah celui-là, ça fait longtemps que je l’attends. J’aimerais bien le voir, de près et même de très près. Alors, je pouvais pas lui dire moi, à ce moment là, à cet endroit là, avec tous ces mioches qui hurlent, et ces annonces au micro qui n’en finissent pas, que Rafael il était plus là. Un accident tout bête : c’est la nuit, il pleut, trop d’alcool, trop de bière, trop de cocaïne très certainement, les flics au cul, la voiture qui dérape et puis un fossé, un fossé qui ouvre grand la bouche et sourit, je vous attendais, tous les cinq. Il est mort comme ça mon ami. Et ça je pouvais pas lui dire. Alors j’ai dit, en prenant l’air mystérieux, venez à la maison : je vous dirai. Et je lui ai donné ma carte. Depuis ce jour là :je l’attends."
Di Brazzá - Babeth (Pour E.M ; B.P, et la belle C, du bureau de tabac; mais où est elle?)
Chochotte blues?
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"Récitar Cantando" plutôt que Roman
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Illustration haut de page: Doken Broll # 26 Copyrights: © Di Brazzá
dibrazza | 00 h 06 | Rubrique : (CHOCHOTTES BLUES?) Nocturnes, Livre I | Màj : 26/07/08 à 08 h 24
Commentaires
Sainte-Lucie !
C
07/06/08 à 00:38
"Notre part de ciel"
Comment est-ce possible cela ? Toutes ces paroles liées et pas seulement...
Comment ce secret peut être là ?
Mots tes
é /bleu/hisse
moi
sil anse
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énigme
C
07/06/08 à 06:27
Bien sûr, il y avait eu le vers de Mallarmé et cette impatience dans le frisselis des coms et moi je ramais entre mes deux poètes ! Avec cette contradiction mince comme un cheveu d'ange de l'un à l'autre. Je les aimais différents, je les espérais semblables. Le jour venu me laisse ce goût sucré-acide d'une joie et d'une peine. Encore un tombeau vide, un miroir brisé. le monde se rétrécit. Cronos a dévoré. Je vais aller là-bas, errer...
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Le langage des poulpes
klostro
07/06/08 à 10:25
Ah! effectivement, je reconnais bien là cette part de ciel. Et tous ces personnages hauts en couleurs qui ont le cerveau un peu cramé par le Mistral. Ces matamores intrépides et dyslexiques qui confondent le langage des poulpes à celui des fleurs. Oui je les connais aussi, néanmoins ils sont très attachants. Car souvent dans l’ombre de leur pauvre carcasse, se cache un grand cœur.
merci pour ce petit quart d'heure de soleil.Répondre à ce commentaire
← Re: Le langage des poulpes
C
07/06/08 à 10:26
caresse...
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← Re: Le langage des poulpes
C
07/06/08 à 10:38
Les gamins vont arriver et leurs rires écrouler toute cette poignante histoire au feu des étoiles, à la barbe du soleil, aux éclaboussures de notre sang offert...
Ah! tu me tues....
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texte
jibé
07/06/08 à 13:26
densité du verbe et grande intensité des sensations
quelque chose, là, me fait souffrir, d'avoir vécu ailleurs, il y a beau temps, qque chose de semblable?
Le vent qui rend fou, c'était plutôt sirocco que mistral, mais ça cramait la tête, j'ai ce souvenir là.
belle écriture décidément
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← Re: texte
Christiane
07/06/08 à 14:54
Quand j'approche d'un certain blog, je ralentis et toute ironie, suggestion m'y est raison de fuite, de doute, de défense griffue. Si tu le traverses, je ne te reconnais plus et tu ne m'y reconnais plus. Dans ce lieu ML m'est repère comme un monolithe,aussi borné soit-il !
Ici, nos mots se frottent et il en naît quelque chose qui m'échappe complètement, sur lequel je n'ai aucune prise.ça fuit entre les doigts, ça va plus vite que la pensée. Ce n'est pas sentimental, l'amour s'adresse aux mots, à la langue que nous tenons tous deux comme une bourriche traînant ses odeurs de marée. Je me moque que cette langue soit belle ou dense ou je ne sais quoi. Elle dit ce que j'ai toujours cherché : un affûtement sur une autre langue, tellement dense, tellement irradiante
. C'est cela l'amour et rien d'autre. j'ai barbelé depuis longtemps les rêves à quatre sous. Ma peau ne veut plus d'une autre peau que celle de cette langue que tu offres si généreusement mais le fond du coeur est sauvage et loin d'ici. A un homme, dire je t'aime, ne peut se faire dans l'espace public d'un blog sauf à aimer s'étaler. Nous nous querellons parfois mais les murs sont hauts dans cet espace où tout est volé, même les souvenirs les plus intimes. A minuit on croit que c'est une grâce, à l'aube on a la gueule de bois et on se dit que si ce n'était pour la joie d'écrire ensemble, il y a longtemps que l'ordi serait fermé.
Je reviens du jardin et ça c'est la vie vraie où je sais aimer.
Imagine des enfants sveltes, les miens petits, emmêlés de jeux et de rires. Le kiosque désert murmurant de concerts anciens; De jeunes tilleuls gracieux balançant de jeunes ailettes odorantes.Un vieux sur un banc appuyé à sa canne de solitude.Des moineaux s'ébrouant dans le sable des allées.Le vert profond des feuilles tout enfièvré d'oiseaux. Une femme tirant son cabas, âne docile.
Là est la vraie vie Jibé, celle qu'on ne peut pas me voler, celle où je m'autorise à aimer.
Ici, pas de visage, pas de voix, pas de temps à user ensemble à parler, à se taire, à aimer. Tout est cinglant comme des silences comme des "amicales pensées" comme d'autres...qui lisent, commentent et rient. comme une partie d'échec où il faudrait gagner.
Je n'ai aucun désir de figer, de garder, de montrer. Si ces blogs devaient demain disparaître j'en garderais, surtout du tien et de celui de ...PL...le même parfum que celui des roseraies de Bagatelle...évanescence..; Il est possible qu'un matin l'aube soit trop lourde pour que toutes ces brassées de mots ne me pèsent pas. Alors je partirai et ce sera sans l'avoir dit (jeu ou colère) ce sera pour de vrai comme une feuille qui se détache de l'arbre et que le vent empotrte.
Ne t'attache pas, rien ne peux donner ici : trop de monde au balcon.
Ecris n'écris pas fais selon ton coeur et tes envies. Je ne peux promettre d'accompagner ce voyage...
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← Re: texte
jibé
07/06/08 à 17:56
"j'ai barbelé depuis longtemps les rêves à quatre sous", moi aussi
je suis un type beaucoup trop éperdu pour répondre autrement que brièvement, sans me perdre dans mes propres mots
Les enfants du kiosque, je les sais par coeur.
Comme encore ces fragilités qui nous fondent et sont nos signatures.
Mais je ne sais rien de rien
je veux exprimer quelque chose qui serait comme la trace d'un doigt sur la buée d'une vitre. mais je ne sais pas faire
joël
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← Re: texte
Christiane
07/06/08 à 20:09
message PL
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← à C
jibé
08/06/08 à 08:53
et moi bien sûr je n'ai forcément rien compris, comme un insupportable gosse, qui ne pense qu'à lui. Bien fait pour moi... je suis un sauvage, et quoi? ce ne sont pas de griffes dont je parle, mais de dents, et du suc qui coule sur les joues et dans la bouche, salé comme la mer, amer comme l'anxiété. Apprendre une certaine joie, c'est hors sujet pour moi, mes écrits le disent tous, j'ai à ce point ce recul de le vois quand je me relis que je les jette. Autant être mort que ça.
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← Re: à C
aube
08/06/08 à 10:06
Oui, tu n'avais rien compris
moi non plus
nos mots se sont perdus
c'est lui
le vent jaloux
qui les a emmêlés
foutus a-t-il pensé
jamais ne se retrouveront
agitons les orages
les marées de l'enfer
le jugement dernier
laissons
le grand chien blanc attendre
quand il est ressorti l'Oedipe
plus rien ne voyait
le coeur vide
j'vous dis
alors la femme
l'Antigone
elle a pris le chien et sa main
et ils sont allés
" A travers un espace ténébreux, s'avance une force immense, elle est comme un amour et transforme le cri de la terre et du grand animal intérieur qui jusqu'ici me subjuguait. je commence à comprendre ce que je fais. je mendie, je mendie une fois de plus, de toutes mes forces.
Je l'accepte, je suis totalement cette mendiante hurleuse, hurlante qui ne peut, au-delà de toute honte, de toute fierté, rien faire d'autre que prier, supplier : "Pas de sang...pas de sang à cause de moi "
puis pages de 339 à 355
et enfin
" Elle ne chante plus. Elle dit :
"Aide-moi, Clios, j'ai chanté longtemps. Bien trop longtemps. je ne savais plus qui j'étais. J'étais l'autre. J'étais la vraie. Mais... les enfants ! Les enfants, je leur ai promis que nous serions là pour les border... Vite, Clios, ils ne faut pas qu'ils pleurent."
Henri Bauchau - Antigone - (éd. Babel)
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← à C
jibé
08/06/08 à 08:53
et moi bien sûr je n'ai forcément rien compris, comme un insupportable gosse, qui ne pense qu'à lui. Bien fait pour moi... je suis un sauvage, et quoi? ce ne sont pas de griffes dont je parle, mais de dents, et du suc qui coule sur les joues et dans la bouche, salé comme la mer, amer comme l'anxiété. Apprendre une certaine joie, c'est hors sujet pour moi, mes écrits le disent tous, j'ai à ce point ce recul de le vois quand je me relis que je les jette. Autant être mort que ça.
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alors
Christiane
07/06/08 à 20:05
Explique-moi comment t'est venue l'idée d'implanter cette magnifique, vraiment magnifique histoire à Sainte-Lucie, en Corse, là où j'ai fait des recherches très importantes pour moi il y a quelques mois, justement à la façon avec laquelle tu le décris. Ou, tu es sorcier ou, c'est moche... Efface ce message. Il y a assez de dégâts comme cela et je ne peux quand même pas balancer sur la RDL qu'on a piraté mon disque dur ! J'attends ta réponse.
Christiane
PS tout ce que tu dis : idem et je ne l'ai pas fait exprès.
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Le village
aube
08/06/08 à 08:19
donc, il y a eu ce baladin, il y a longtemps, si longtemps, revenu un jour , on ne sait d'où murmurer une chanson inachevée. El la lettre a voyagé de Sainte-Lucie, aux volets fermés, serrés sur une absence jusqu'à la ville aux cent fontaines, celle qu'elle connaissait bien pour avoir autrefois, c'était il y a longtemps, il y a trèslongteemps
dessiné, capté, interrogé
la montagne de Cézanne, celle qui portait le ciel
et plus loin dans les terres
l'autre terre celle de Jean le bleu, qui déjà cheminait sur sa dernière route
ils avaient tissé les mots de l'ancien sur la rose des vents
les mots qui disent continue continue le chemin
contre vents et marées tu trouveras
garde l'écriture en toi
laisse-là grossir comme une vague qui un jour t'engloutira dans ses merveilles
Oui, lui avait-elle répondu, mais qui alors guidera les flots si tu n'es plus là
je t'enverrai a-t-il dit
le poète à la clé d'or
tu le reconnaîtras à son regard perdu de batelier de bateleur
funambule égaré dans la fange des bourgs
J'ai peur je ne saurai pas aller là
tu iras
je te donnerai la cape d'invisibilité
l'un est resté près de sa mélusine dans sa ville aux fontaines
l'autre
elle l'a perdu sur le rivage des brumes des encres délavées
les mots les ont unis
puis les ont séparés comme les marées
laissant comme un palimpseste
une plage où nul n'a marché
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← Re: Le village
aube
08/06/08 à 12:10
Laissant "comme"...
l'avant est donc "comme" les sables de la mémoire.
Le palimseste c'est le phenix qui renaît de ses cendres
mais ces cendres sont son urne et sa naissance.
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la voix
minuit sur les pages du bien et du mal
09/06/08 à 04:20
Ce n'est pas difficile, toujours suivre la voix. Il y en a toujours une, essentielle qui est la lumière et l'innocence au milieu, c'est comme dans les photos d'HZ, toujours suivre la lumière. Alors vous traversez l'ombre, même le noir opaque, même la poisse, même la haine, même la bêtise
toujours suivre la lumière et là
ça vous retourne comme un gant
la douceur, l'innocence
plus rien ne salit plus rien n'est cruel ni moche ni injuste
toujours suivre la lumière
alors celle-celui-là
il-elle rit dans le soleil
tout est douceur respect et délicatesse
alors peu importe
qu'on tue ce corps qu'on le perce qu'on l'avilit
une main s'avance
c'est son rêve
voulez-vous danser, juste danser
là sur ce pont sous le rayon de lune
ma citrouille devient carosse
pense à ce que tu veux être vraiment et soit-le
j'arrête les pendules
tout commence à minuit
tu as bien entendu
retourné comme un gant
tout commence à minuit
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soit-le
zones d'ombre
09/06/08 à 07:23
ainsi soit l'O.mbre...reposée;;;enfin reposée.
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