« M. Martin - A vrai dire, chère Madame, moi non plus je ne m'en souviens pas, mais il est possible que nous nous soyons aperçus là, et si j'y pense bien, la chose me semble même très possible. » Eugène Ionesco ( La cantatrice chauve, scène IV)
« -Ça t’a plu ? Non non je parle pas des mezzés. La pièce. La Cantatrice. Ça t’a plu ? C’est fou ça, hein ? Quand on pense qu’ils frisent la vingt millième. Ouais ouais : vingt mille. Ici. Dans ce même théatre de La Huchette. Dingue, non? Comment? Ah,suuuupeer. Vraiment je suis content. Et puis alors les comédiens, je te dis pas. Je me disais, est ce que ça va lui plaire parce que faut dire c’est spécial. Tiens, à propos. Enfin, je dis à propos mais c’est pas à propos du tout. Tu vois le type, là. Oui, tourne toi un peu. Là, à droite.La table ; là, au fond, tu vois pas ? Attends, si j’étais toi je me lèverais pendant que j’y suis. Voilà, plus discret c’est mieux quand même. Bon. Eh bien écoute. Tu vas voir. Il va dire Anne-lise, vraiment, vraiment je suis touché. Je ne croyais pas que vous accepteriez de dîner avec moi ce soir. Ni un autre soir, d’ailleurs. Vous me touchez Anne-Lise. Et vous êtes si belle. Non, ne rougissez pas. Tiens, tu vois ? Il le dit, écoute. Putain ça c’est fou. Écoute. Mot pour mot. Putain, mot pour mot. Anne-lise, vraiment, vraiment je suis touché. Je ne croyais pas que vous accepteriez de dîner avec moi ce soir. Ni un autre soir, d’ailleurs. Vous me touchez Anne-Lise. Et vous êtes si belle. Non, ne rougissez pas. Et là il va rajouter après tout pourquoi pas : le rouge vous va bien. Si bien, Anne-lise. Après tout : pourquoi pas ? Le rouge vous va bien. Si bien, Anne-lise. Tuant, non ? Il va lever son verre. Regarde regarde, putain mais regarde, il va lever son verre et il va la regarder dans les yeux et puis il va sourire. Doucement. Doucement. Comme si il prenait le temps de donner du temps à ses lèvres. Voilà. Ça y est. Il le fait. Si je le connais ? Oui, bien sûr, on peut dire ça. Tiens là il va essuyer sa bouche avant de boire. Très délicatement. Et puis la bouche il va la poser sur le rebord du verre comme un oiseau se pose sur une fontaine. En hiver la fontaine, avec un peu de givre. T’as vu ? Hein ? Je connais tout je te dis. Tout. Ici, tous les habitués le connaissent un peu. Mais tous ne font pas comme moi. Il n’y a pas un mot, pas une phrase de lui que j’ignore. Faut dire qu’il parle si fort que c’est pas difficile de l’entendre. Après, bien sûr faut s’attacher à retenir tout ça. Pas de la tarte. Interêt à venir très souvent quand même. D’autant plus qu’il est pas là à tous les coups. Mais, bon, comme le théatre c’est quand même mon truc, pas pour rien que je me tue à bosser pour me payer Florent, ça m’est pas difficile d’apprendre ça par cœur. Même si le texte tu peux courir pour le trouver en librairie ! Tiens, si un jour il est pas là, je te fais un remplacement au pied levé que sa Anne-Lise elle y verra que du feu. Sûr je suis plus jeune. Mais l’amour rend aveugle, non ? Comment ça, faudrait que je m’habille un peu. Je suis pas habillé là ? Chui à poil, peut-être ? Ouaiiis je rigole. Bien sûr. Je ferais le grand jeu. Pas le smok, j’en ai pas. Mais un peu comme lui, quoi. Pas endimanché. Classe. Parce que, reconnais le quand même, il est classe ce type, non ? Je te dis pas le prix pour la cravate. Mais alors elle est belle. Attends, tu sais que quand je dis que j’adore les cravates tout le monde se fout de moi ? Putain, j’adore ça les cravates. J’adoooore. Je te sers ? Putain, tu bois rien. Tu bois jamais rien. Il est pas bon ce vin ? Moi j’adore le vin libanais. À bouffer libanais autant boire libanais. Et puis attends, ho, celui là c'est un Kefraya, miss, le top. La maison, elle te refuse rien ce soir. Tu crois que c’est les chrétiens qui le font le vin, là-bas ? M’étonnerait que ça soit les mousselines. C’est Abdel qui dit les mousselines en parlant des mouslims, ça le fait rire, à cause du voile je pense. Je te dis ça avant que tu me sortes que ma réflexion elle est juste just. Un poil raciste, quoi. Bon, c’est vrai qu’y a des beurs racistes. Mais Abdel, eh attends, tu vas pas me dire qu’Abdel il fait dans la haine de soi. Plus arabe que lui tu meurs. Bon : ce vin ? Je te sers ? Comment ça je manque de classe ? Ah tu veux que je te serve comme lui. O.K, je fais comme lui. Ça va, là ? La miss est contente ? Tu payes la cravate et la prochaine fois je t’appelle Anne-lise. Tiens là, regarde. Regarde. Il va lui proposer de lui découper son poisson. Elle va refuser. Mais il va insister je-vous-en-prie-permettez-moi.Je-vous-en-prie-permettez-moi. Tu vois ? Je sais pas trop si ça se fait, ça, de découper le poisson de Madame. Mais ici, bon, c’est quand même pas la Tour d’argent. On est pas chez Ducasse, non plus, hein ? Hein ? Parce que les serveurs. Bon, je dis pas qu’ils ont pas la classe. Ils ont la classe d’ici, voilà. Contente ? Dis, je repense à un truc, t’as bien dit à ta mère que tu rentrais pas ce soir ? Parce que moi, attends, je veux pas d’histoire. La dernière fois c’est moi qui ai morflé. Ouais ouais, plus que toi. Oh putain qu’elle m’a charclé ta vieille. Camphré j’étais , mais alors camphré de chez camphré. Ouais, tu dis ça mais je t’assure c’est pas cool, quoi. Alors, tu lui as dit ou quoi ? Ah bon. C’est sûr, hein ? Bon. Tu vois, quand tu veux tu fais bien les choses. Ouiouiioui touuuuutes les choses mon cœur, touuuuutes les choses, et même que ces choses là tu les ferais même mieux que les autres. Regardez moi ça la coquine, en plus elle aime ça quand on lui dit qu’elle les fait bien, ces choses là. Chhhhuuuut. Là c’est le grand moment. Regarde. Il se lève. Il se lève, manteau sur le bras, et il lui dit accepteriez vous que je vous raccompagne, Anne-lise ? Pourquoi prendre un taxi ? Vraiment ? Et allez , pile-poil : Accepteriez vous que je vous raccompagne, Anne-lise ? Pourquoi prendre un taxi ? Vraiment ? Il te fait de la peine ? Pourquoi. Moi il me fait pas de peine. Je crois qu’il est heureux comme ça. Regarde comme les serveurs le saluent. Comme ils sont chaleureux quand ils lui serrent la main. C’est vrai, le pourboire n’y est peut-être pas pour rien. Mais quand même. Non. Je crois qu’on l’aime bien ici. Vraiment. D’ailleurs même moi, tu vois, je me moque depuis tout à l’heure mais je l’aime bien. Attends, tu déconnes ou quoi ? Tu me vois en train d’aller lui dire, Monsieur je vous aime bien. T’as déjà fait ça toi, aller voir quelqu’un que tu connais pas même si tu le vois tout le temps et là toc de but en blanc les yeux dans les yeux : i love you bien Monsieur. Le jour où t’auras fait ça tu me sonnes. Pour le coup d’ailleurs que je serai sonné. Tu vois, moi, ce que je me demande, c’est pas d’où il vient, ni ce qu’il fait encore ou ne fait plus, ce type. Non, la seule chose, les seules chosesque je me demande, c’est quand est-ce que ça a commencé, depuis quand ça dure ? Et puis surtout, Anne-Lise, est-ce qu’elle a vraiment existé ? Tu crois qu’elle a existé toi Anne-Lise ? Va savoir, tant la vraie Anne-Lise elle s’appelait Ginette, ou Janine ? Non ? Ou alors y a jamais eu personne. Pas plus d’Anne-Lise que de Ginette. Pas plus de Ginette que de Janine ? Pas plus de Janine que de Louison. Oui, Louison, c’est vrai que c’est joli. Mais Ginette aussi tant que tu y vas c’est joli. D’ailleurs mon premier amour, oui il y a eu un premier amour avant mon premier amour mon amour, elle s’appelait Ginette. Janine aussi, ça peut être bien. Les prénoms c’est comme un manteau. Ça dépend qui le porte. Ouais, le tien te va bien. Le manteau, bien sur ! Allez, je déconne. Ouais bon t’as raison, c’est pas cool de dire ça sur ce mec. Qu’il a peut être tout inventé. Qu’il s’invente. Un peu plus chaque jour. Mais tu sais, hé, ouvre pas les yeux comme ça tu m’fais peur : y a des fois moi aussi je me demande si tu existes. » Di Brazzá . Anne -Lise. (Pour M.C)
Chochottes blues?
AUTOPUB , Rappel:
"Récitar Cantando" plutôt que Roman
mon dernier ouvrage : JE EST UNE O.MBRE
est désormais disponible ICI
Heureuse de vous retrouver après cette nuit de cheminement où j'ai beaucoup appris... (voir le blog de Pierre Assouline)
Votre offrande de ce jour, Di Brazza, (je dis offrande parce que vous donnez généreusement à partager tout ce travail en vous, avec les mots et les musiques et les images.), est magnifique.
Je ressens la beauté de ce texte et de ce tableau grâce à la déchirure qu'il a fallu garder ouverte, toute la nuit, pour comprendre. Comprendre comment dans l'errance de cet homme il y a une mort, que seule la mort peut nous obliger bien malgré nous à laisser en chemin l'autre qu'il va alors chercher dans tous les reflets celle qui lui manque.
Mais si on n'est pas mort, si on a commencé un chemin ensemble, alors il faut durer, résirter à l'usure, à l'incompréhension, à ce qui sépare, à ce qui tue.
Je vois en haut une femme malheureuse et en bas, dans le fouillis des mots un homme malheureux, qui offre aux femmes de passage, un rituel macabre. Comme Gaspard Hauser, il voudrait "être celui-là même qu'il a déjà été", dans un autre bonheur mais dans la même vie.
Et celui qui raconte( avec ces petites touches incomparables de l'écriture de Di Brazza), celui-là, il a comme une grosse tendresse pour celui dont il parle, si grosse tendresse qu'il doit être bien seul pour avoir si bien observé et écouté l'autre.
Nos vies sont en abymes, sans cesse nous plongeons le regard dans la détresse de l'autre , espérant peut-être qu'après cela fera moins mal en nous... Voyeurisme ou partage d'une immense solitude : nous naissons seuls, nous mourrons seuls et entre les deux on se prend des grandes claques de solitude et pourtant... nous sommes si nombreux sur cette petite planète qui n'en finit pas de tourner dans un univers d'éternité...et d'absurdité.
"Dis ! ouh ouh !!! Y'a quelqu'un là haut ???"
"Et si le ciel était vide" comme le chante Souchon ???
Alors ce foutu texte et cette foutue nuit me donnent envie de répondre ;
"T'occupes ! Je suis là."..C'est déjà ça et c'est que ça, Dieu, ...Ici et maintenant, solidaires...
Je réalise que pour la première fois je ne vous ai pas parlé, à vous vraiment mais à un tiers...inconnu. Pardon ! Il va me falloir un peu de temps pour revenir à nous et oublier que des autres se sont promenés dans notre jardin secret, parole tellement plus profonde que ces mots-là...Aidez-moi à retrouver notre si bien ensemble dans les mots.
Je crois, comme l'a écrit souris 2 d'une autre façon, que nos vies font écho les unes aux autres. J'ai beaucoup lu ce que vous avez écrit, avant, été étonné de certaines correspondances. Nul narcissisme (se chercher dans l'autre). Non, un étonnement devant certaines parentés. Humaines tout simplement humaines. Dans la manière de sentir et d'explorer.
cordialement.
Encore nue passerelle de musique entre nous... Mais j'ai commandé sur le site Amazon en Français, où je suis moins perdue et où j'ai déjà des repères !
Cette voix est d'une eau extraordinaire, pur diamant qui m'a ouvert les portes de votre texte et de ce tableau qui pleure...
Quelle nuit ! Naissance...renaissance...
Ph(o)enix... " capitale de l'aube"...
Ecrivez cher ami, creusez, creusez encore mais ne me faites plus de telles frayeurs... Tout était devenu si triste jusqu'à ce chant vainqueur de l'alouette qui signe la victoire du jour sur la nuit...
J'ai trouvé, de ces longues errances, une étoile accrochée, là, en plein dans mes cheveux. Pouvez-vous la rendre à son ciel blessé ?
Juste un petit mot pour la fixer dans son éternité....
Un miracle !!! le Word m'apparaît enfin ! La musique est très belle ! Mais comme je disais ailleurs, pas le temps de lire le tout et de donner un avis qui serait complet ! Alors juste une petite amication musicalpoyaude ! Je r'vindrai !
J'ai lu l'homme blessé qui tue le regard du père,
désolé,
dans un corps qui n'en peut plus de désirer
ce qui est
interdit
par le père
aimé. Musique venue de si loin,
obsédante...
Commentaires
Tout est toujours très beau, ici...
souris 2
04/06/08 à 05:09
Heureuse de vous retrouver après cette nuit de cheminement où j'ai beaucoup appris... (voir le blog de Pierre Assouline)
Votre offrande de ce jour, Di Brazza, (je dis offrande parce que vous donnez généreusement à partager tout ce travail en vous, avec les mots et les musiques et les images.), est magnifique.
Je ressens la beauté de ce texte et de ce tableau grâce à la déchirure qu'il a fallu garder ouverte, toute la nuit, pour comprendre. Comprendre comment dans l'errance de cet homme il y a une mort, que seule la mort peut nous obliger bien malgré nous à laisser en chemin l'autre qu'il va alors chercher dans tous les reflets celle qui lui manque.
Mais si on n'est pas mort, si on a commencé un chemin ensemble, alors il faut durer, résirter à l'usure, à l'incompréhension, à ce qui sépare, à ce qui tue.
Je vois en haut une femme malheureuse et en bas, dans le fouillis des mots un homme malheureux, qui offre aux femmes de passage, un rituel macabre. Comme Gaspard Hauser, il voudrait "être celui-là même qu'il a déjà été", dans un autre bonheur mais dans la même vie.
Et celui qui raconte( avec ces petites touches incomparables de l'écriture de Di Brazza), celui-là, il a comme une grosse tendresse pour celui dont il parle, si grosse tendresse qu'il doit être bien seul pour avoir si bien observé et écouté l'autre.
Nos vies sont en abymes, sans cesse nous plongeons le regard dans la détresse de l'autre , espérant peut-être qu'après cela fera moins mal en nous... Voyeurisme ou partage d'une immense solitude : nous naissons seuls, nous mourrons seuls et entre les deux on se prend des grandes claques de solitude et pourtant... nous sommes si nombreux sur cette petite planète qui n'en finit pas de tourner dans un univers d'éternité...et d'absurdité.
"Dis ! ouh ouh !!! Y'a quelqu'un là haut ???"
"Et si le ciel était vide" comme le chante Souchon ???
Alors ce foutu texte et cette foutue nuit me donnent envie de répondre ;
"T'occupes ! Je suis là."..C'est déjà ça et c'est que ça, Dieu, ...Ici et maintenant, solidaires...
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JE...TU
souris 2
04/06/08 à 05:42
Je réalise que pour la première fois je ne vous ai pas parlé, à vous vraiment mais à un tiers...inconnu. Pardon ! Il va me falloir un peu de temps pour revenir à nous et oublier que des autres se sont promenés dans notre jardin secret, parole tellement plus profonde que ces mots-là...Aidez-moi à retrouver notre si bien ensemble dans les mots.
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vision
jibé
04/06/08 à 09:09
Je crois, comme l'a écrit souris 2 d'une autre façon, que nos vies font écho les unes aux autres. J'ai beaucoup lu ce que vous avez écrit, avant, été étonné de certaines correspondances. Nul narcissisme (se chercher dans l'autre). Non, un étonnement devant certaines parentés. Humaines tout simplement humaines. Dans la manière de sentir et d'explorer.
cordialement.
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← Re: vision
souris 2
04/06/08 à 10:55
C'est beau jibé votre regard, il agrandit la fête. Partage....
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Amy Beach
souris 2
04/06/08 à 11:06
Encore nue passerelle de musique entre nous... Mais j'ai commandé sur le site Amazon en Français, où je suis moins perdue et où j'ai déjà des repères !
Cette voix est d'une eau extraordinaire, pur diamant qui m'a ouvert les portes de votre texte et de ce tableau qui pleure...
Quelle nuit ! Naissance...renaissance...
Ph(o)enix... " capitale de l'aube"...
Ecrivez cher ami, creusez, creusez encore mais ne me faites plus de telles frayeurs... Tout était devenu si triste jusqu'à ce chant vainqueur de l'alouette qui signe la victoire du jour sur la nuit...
J'ai trouvé, de ces longues errances, une étoile accrochée, là, en plein dans mes cheveux. Pouvez-vous la rendre à son ciel blessé ?
Juste un petit mot pour la fixer dans son éternité....
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Fan
04/06/08 à 13:59
Un miracle !!! le Word m'apparaît enfin ! La musique est très belle ! Mais comme je disais ailleurs, pas le temps de lire le tout et de donner un avis qui serait complet ! Alors juste une petite amication musicalpoyaude ! Je r'vindrai !
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aube
C
06/06/08 à 07:20
J'ai lu l'homme blessé qui tue le regard du père,
désolé,
dans un corps qui n'en peut plus de désirer
ce qui est
interdit
par le père
aimé. Musique venue de si loin,
obsédante...
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