Le blog de Di Brazzá, artiste multicarte.
- « Bon, eh bien maintenant reste plus qu’à te faire un bon café et puis appeler un taxi. Et puis après ça tu y vas je me suis dit. Si j’ai pris ta carte bleue ? Bien sûr. Avec quoi voulais tu que je paye ? Pareil pour ton portable, mon vieux, c’est avec lui que j’ai appelé le taxi. Tu croyais quand même pas que j’allais descendre jusqu’à la cabine, non ? Et puis d’ailleurs ma carte, elle a plus d’unité. Tiens, à propos de portable j’ai eu encore ta mère ce matin. Quinze jours qu’elle me demande quand est-ce que tu vas revenir de Tahiti. Ben oui, fallait bien dire quelque chose. Alors j’ai choisi Tahiti. Ce qui explique que t’appelles pas. Parce que ça revient trop cher d’appeler de là bas, de
© Di Brazzá __________________________________
Ce vingt-deuxième chapitre d'Hôtel Untel s'inscrit dans la troisième partie de mon Livre de Nocturnes, qui en comportera 5:
- (Chochottes blues?)
- Journal d'une disparition
- Hôtel Untel (Il était cinq petits enfants)
- Chansons de la cité radieuse
- (Siléo)
Il s'agit bien entendu d'un premier jet. Merci à tous d'être aussi souvent et toujours aussi nombreux au rendez-vous.
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dibrazza | 21 h 09 | Rubrique : HÔTEL UNTEL (Il était cinq petits enfants), Nocturnes Livre III | Màj : 14/01/09 à 23 h 23
-« Bon sang, t’aurais quand même pu attendre, non ? Trois jours, il te restait trois jours à peine pour connaître la fin de mon histoire. Trois jours. Tu te rends compte ? C’est quand même pas grand-chose que trois jours et trois nuits. Juste soixante douze heures. Pas une de plus. Mais non. Monsieur voulait plus patienter. Monsieur avait trop froid. Monsieur était jamais assez couvert. Monsieur voulait que je referme la fenêtre. Que je gicle la caille que je lui ai achetée. Trop de bruits, trop de cris, trop de courants d’airs il trouvait qu’il y avait. Et puis Monsieur faisait la grève. Ne buvait plus, ne mangeait plus. N’avalait même plus une seule bouchée de la bouffe que je lui préparais. Au point que j’ai été obligé d’en jeter de la bouffe. Alors qu’il y a tant de gens aux quatre coins de la planète qui se nourrissent de déchets et tèteraient leur vieille mère sur son lit de mort si elle était encore capable d’avoir un peu de lait. Détache moi Bosco détache moi, Monsieur n’avait que ça aux lèvres à peine je le débâillonnais. Ça et je t’en supplie Bosco, je t’en supplie. Jamais merci, non, jamais la moitié de la moitié du quart d’un petit merci alors que, merde, j’étais quand même pas obligé d’être aux petits soins comme je l’étais. De lui apporter sa portion de rêve en même temps que son café à Monsieur. Et de bien gentiment lui essuyer la bouche après. De lui torcher le cul aussi : ça, faut pas l’oublier. Mais non : jamais merci, jamais. Parce que Monsieur est un Seigneur, Monsieur rend l’âme, pas la monnaie. Et, je voudrais pas dire, mais quand je vois – et surtout quand je sens – toute cette âme que Monsieur a rendu dans son baquet quand il a vidé son gousset : je me dis que de l’âme, Monsieur ne devait pas en manquer. Et que c’est encore Bosco, bien sûr, qui va tout nettoyer. Qui sait où tu es maintenant toi aussi ? Lêlê, elle disait qu’après la mort, l’âme d’un homme ou d’une femme, elle s’attarde encore quelques jours dans sa maison, auprès des siens. Et que c’est à ce moment là qu’il faut profiter de l’occase pour lui dire tout ce qu’on a jamais pu trop lui dire ou qu’il ou elle aurait jamais voulu entendre. Pour ma part, tu vois, je crois bien que j’ai rien à te dire que je t’aie jamais dit. À part peut-être à propos de ces voix qui vont et viennent dans ma tête et qui font qu’à chaque fois qu’elles se sont pointées je me suis obligé à partir de chez toi pour pas te faire du mal. Parce que je voulais pas t’en faire. Parce que si tu n’avais pas été là pour m’accueillir, pour me nourrir aussi, qui sait ce que je serais devenu ? D’ailleurs les voix, à part une fois, un peu, à Lêlê, je crois que je n’en ai jamais touché un seul mot à personne. Parce que si t’entendais ce qu’elles me demandent je crois que tu deviendrais fou. Enfin, que tu serais devenu fou si tu les avais entendues, vu qu’à cette heure-ci tu risques plus grand-chose. Mais, bon, excuse moi si je me répète parce que je pense te l’avoir déjà dit mais ce qu’il faut que tu saches, si tu m’entends, c’est que s’il n’y avait pas eu cette histoire qu’on se connaissait trop bien maintenant, que tu en savais beaucoup trop sur la cave, sur le Tombeau de l’Empereur et tout le reste, jamais je t’aurais attaché. Jamais je me serais servi de toi pour que le Ciel un de ces jours se pointe à la fenêtre devant laquelle je t’avais installé. J’aurais pris quelqu’un d’autre. Un bel enculé par exemple. Wanda disait que c’est comme ça, de cette seule façon là, en liquidant tous les enculés un par un qu’on peut espérer un jour voir le ciel petit c ou grand C se pointer, rougeoyant, sur le rebord de nos fenêtres. D’ailleurs, à propos d’enculés, c’est un peu ce qu’elle nous a dit le soir, Wanda, après que Lêlê, Ketty, Toucheboeuf, Alàri et moi on est rentrés bredouilles de notre recherche sur les quais : bon, les enfants, il faudrait peut-être pas se faire bouffer par l’émotion. Je sais bien qu’Odam n’est plus là, et je suis la première à le déplorer mais enfin il faudrait quand même voir à se reprendre. À recentrer notre action. Et ne pas oublier le pourquoi du pourquoi du comment de notre projet. En gros : est-ce que vous avez tenu bien au chaud les enculés que vous avez invités au mariage de Boro et Lêlê ? Est-ce que ça tient toujours de conduire Alàri au sacrifice ? Et puis: Et toi, Bosco, est-ce que oui ou non tu es fin prêt pour remplacer Odam à la cave ? J’ai dit oui. Qu’est-ce que tu veux répondre à ça ? D’ailleurs y en a pas un qui n’avait pas les yeux braqués sur moi d’un air de dire t’as pas intérêt à faire marche arrière. – Si on répétait la marche aux flambeaux ? a fait Boutaly, histoire, peut-être, de changer de sujet – Quelle marche au flambeaux ? j’ai dit (j’étais pas au courant) – T’es pas au courant ? Ben voilà : le soir de la fête, quand il sera vers minuit, on a tous décidé qu’on accompagnerait Alàri s’installer sur la terrasse dans la volière avec tous les oiseaux. – Mais les oiseaux ils sont ici, en bas, en ce moment. Bien au chaud puisque… – Oui, mais on les remontera.. – Ils vont crever avec ce temps – Mais non. – Comment ça, « mais non » t’as pas vu… – Si j’ai vu le temps qu’il fait ? Mais bien sûr que j’ai vu le temps qu’il fait. Mais de toutes façons c’est pas grave s’il en meurt quelques uns puisque à chaque fois que t’auras liquidé un connard dans la cave, les mioches grimperont rajouter un oiseau dans la volière. Alors, un canari de plus, un canari de moins…- D’accord, mais Alàri ? – Eh bien quoi, Alàri ? – T’en fais quoi d’Alàri s’il crève ? – Chuutt… tu veux faire crever son père ? Déjà qu’il le sent pas trop que son fils aille faire de la motoneige sur la terrasse…- Mais… – Rien du tout. Alàri il risque rien. Parce qu’il y aura un brasero dans la volière. Autant pour lui d’ailleurs que pour le restant des oiseaux. T’inquiète pas il sera bien au chaud ton Alàri. Et je t’engage à pas dire autre chose à son père – C’est ça. Je vais aller lui dire, moi, que son fils il va crever de froid. N’importe quoi ! Bon : et la marche aux flambeaux, c’est quoi alors ? – Putain mais où t’étais quand on a tous discuté de tout ça ? Tu roupillais ? – Va savoir. Alors ? Alors ils m’ont tout expliqué et on a répété. En costumes. Et moi je dis bravo. Parce que Madame Li et ses cousines elles y étaient pas pour rien dans la beauté du sacre d’Alàri. C’étaient elles qui avaient tout cousu dans l’atelier de l’Arménien pour lequel elles bossaient clando. Tu aurais entendu Alàri quand il a découvert le sien de costume, qui le faisait ressembler à quelque chose comme un gros perroquet multicolore : c’était à se demander si déjà il n’avait pas choisi d’en être un, d’oiseau :- Kokôoo ! Kokôoo ! – Ho, Alàri ! ça y est c’est déjà terminé la motoneige ? Tu nous fais dans le deltaplane maintenant ? ils lui disaient les autres – Kokôoo ! Kokôoo ! Ah, il fallait le voir, notre Alàri battre des ailes comme s’il avait fait ça tous les jours de sa vie. Même le Toucheboeuf il n’en revenait pas et en oubliait sa tristesse (Kokôoo !Kokôoo !). Moi, le mien, de costume, c’était celui dont on m’avait parlé la veille (Kokôoo ! Kokôoo !). Le costard de l’homme aux clés d’or. Avec chemise blanche et cravate. (Kokôoo ! Kokôoo !) Putain, j’avais l’air d’un milord là dedans. Pour tous les autres(– Kokôoo ! Kokôoo... – Bon, maintenant Alàri, t'arrêtes!), hommes ou femmes, à part les deux mariés et les petites demoiselles d’honneur, dont Ketty était, bien entendu, Madame Li avait conçu un uniforme de « garde rouge ». – Ça fait quand même Ku Klux Klan ce truc là, non ? avait dit Diallo au moment d’enfiler sa cagoule - T’as déjà vu des nègres au Ku Klux Klan, toi ? – Non, bien sûr mais enfin ça… – C’est des habits de pénitents, Diallo. Comme ils ont en Espagne. – Ils ont ça, en Espagne ? – Oui, dans les fêtes cathos. Avec les mêmes cierges aussi. – Oui ben justement, on est pas catho, nous, a fait Wanda. – C’est Madame Li, elle a vu ça à la télé, elle a dit c’est facile à faire et c’est joli. – C’est joli mais c’est catho – Bah, c’est pour déconner, Wanda. Et puis regarde : ils sont rouges tes gardes rouges. C’est bien toi qui as dit à Madame Li « fais moi des gardes rouges ». Elle t’a fait des gardes rouges. – C’est vrai que c’est joli. – Bon alors on la répète la montée ou pas ? – On s’y prend comment ? La cérémonie, c’est Boutaly qui l’a réglée. Au premier rang, celui qui ouvrait la marche c’était moi. Moi avec mon accordéon. Parce que bien entendu il fallait qu’il y ait de la musique. – Qu’est-ce que je joue ? j’ai dit – La marche des pensionnaires – Tu veux dire la chanson des pensionnaires ? – Oui "la chanson", comme ça tout le monde la connaît et tout le monde peut la chanter. Derrière moi on a placé les mariés. Et puis les demoiselles d’honneur. Et puis bien sûr les gardes rouges, avec leurs cierges enflammés. Et en dernier lieu Alàri. Toutes plumes dehors. Arrivés sur la terrasse, on s’est tous installés en arc de cercle face à la volière sur laquelle la glace avait suspendu de jolies stalactites qui lui donnaient un peu un air de sapin de Noël. Mais comme la neige s’était amassée devant le portillon qui permettait de s’introduire à l’intérieur, Boutaly a demandé à un garde rouge de chercher une pelle et de la déblayer. On s’est donc arrêté un instant de chanter , ce qui a un peu gâché la solennité de la cérémonie mais après tout ce n’était qu’une répétition. Ce que n’avait pas compris Alàri. Qui, certainement grisé par la lueur des cierges comme des étoiles ne voulait plus redescendre avec nous. Heureux comme oiseau dans son nid (– Allez, Alàri, ça suffit maintenant. On descend! – Kokôoo! Kokôo...) – Et toi, la cave t’y vas pas ? m’a dit Lêlê, une fois qu’on s’est retrouvés de nouveau en bas dans la salle à manger. – Pourquoi j’irais ? j’ai dit – Ben, pour t’entraîner toi aussi – M’entraîner avec qui ? – Avec personne. Pour prendre la température, quoi. Voir à quoi ça ressemble. – Je le sais, moi, à quoi ça ressemble – Tu le savais avant. – Mais maintenant…- Maintenant quoi ? – Ben c’est que maintenant, avec tous ces macchabs qu’il y a en bas, il y a certainement des choses qui ont dû changer – Oui. Peut-être. – Et puis peut-être aussi qu’en bas y a son secret. – Quel secret ? – Le secret qui fait qu’Odam il faisait tout ça en silence et revenait jamais taché – Tu crois ? – Oui, je crois. – Moi je dis qu’entre le premier jour où on a descendu le vieux et celui où Odam s’est chargé des bons offices il a dû y avoir quelque chose de changé. Je serais toi j’irais. – Tu crois ? – Tu me l’as déjà demandé. Si t’as peur t’as qu’à demander à Diallo ou Drago de t’accompagner. – J’ai pas peur (tu parles). Tu vois, si tu étais encore vivant tu m’aurais dit : alors t’y es allé ? Et en te regardant comme je te regarde en ce moment, avec les mêmes yeux qui plongent dans tes yeux qui ne voient désormais plus rien que l’envers de ce monde, je t’aurais répondu que oui. Oui j’y étais allé. La peur au ventre. Et tu aurais encore cru que mon histoire je l’avais inventée tout exprès rien que pour rigoler de la manière bien spéciale dont tu frissonnais à chaque fois que je te disais qu’on faisait descendre un péquin à la cave et qu’il en remontait jamais. Mais maintenant que t’es plus là, ou plutôt que tu es encore là sans être là, quel intérêt crois-tu que je pourrais avoir à te raconter des sornettes ? Ma descente à la cave, ou plutôt (tu verras) ma montée dans la cave il n’y a rien de plus vrai. De plus authentique. Mais je souhaite à personne, non, à personne, même pas à toi qui maintenant te promène dieu seul sait où entre sol et plafond dans cette turne d’ouvrir en grand la porte bleue et or que j’ai ouverte. Pourquoi ? Parce que ce que j’ai pu trouver derrière cette porte, c’est le secret d’Odam. Et de sa sœur, Lola. »
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Ce vingt et unième chapitre d'Hôtel Untel s'inscrit dans la troisième partie de mon Livre de Nocturnes, qui en comportera 5:
- (Chochottes blues?)
- Journal d'une disparition
- Hôtel Untel (Il était cinq petits enfants)
- Chansons de la cité radieuse
- (Siléo)
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dibrazza | 21 h 03 | Rubrique : HÔTEL UNTEL (Il était cinq petits enfants), Nocturnes Livre III | Màj : 09/01/09 à 23 h 13
Diade - Ciucca Triste ( "cuite triste")
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-« Va savoir l’heure qu’il était. Huit heures du mat’? Neuf heures ? Je sais pas. La veille au soir, Ketty avait demandé à sa mère et à son père si elle pouvait dormir avec moi et ils avaient répondu oui c’est d’accord ; si Bosco est d’accord, bien entendu. Comment j’aurais pu refuser ? Ketty, tout ce qui s’était dit le soir à table autour de ce squelette qu’on avait trouvé sur l’île de
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Ce vingtième chapitre d'Hôtel Untel s'inscrit dans la troisième partie de mon Livre de Nocturnes, qui en comportera 5:
- (Chochottes blues?)
- Journal d'une disparition
- Hôtel Untel (Il était cinq petits enfants)
- Chansons de la cité radieuse
- (Siléo)
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dibrazza | 23 h 04 | Rubrique : HÔTEL UNTEL (Il était cinq petits enfants), Nocturnes Livre III | Màj : 08/01/09 à 01 h 38
HÔTEL UNTEL, épisode # 19

Ricky Mac Adam - Already gone.
(Ce titre est indisponible en CD mais téléchargeable gratuitement ici: )
-« C’est pas bon signe il a dit Drago. Non c’est pas bon signe. – Qu’est-ce que c’est qui est pas bon signe ? j’y ai fait. On était à
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Ce dix-neuvième chapitre d'Hôtel Untel s'inscrit dans la troisième partie de mon Livre de Nocturnes, qui en comportera 5:
- (Chochottes blues?)
- Journal d'une disparition
- Hôtel Untel (Il était cinq petits enfants)
- Chansons de la cité radieuse
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dibrazza | 20 h 47 | Rubrique : HÔTEL UNTEL (Il était cinq petits enfants), Nocturnes Livre III | Màj : 18/12/08 à 13 h 24
-« Moi, les femmes, il faudra vraiment qu’un jour on m’explique tu vois, parce que regarde Lêlê : je te dis pas qu’elle avait tout pour être heureuse, Lêlê, mais bon, elle était quand même pas trop à plaindre, non ? Un boulot qui en vaut un autre (et peut être même plus, d’ailleurs, même si pour ça faut savoir avaler autre chose que des couleuvres ou des pan bagnats), qui lui permet de se payer toute la dope dont elle a besoin, un patron qui l’épouse rubis sur l’ongle et la promeut illico chef de bureau, des vrais amis comme Wanda, Odam, Drago, Diallo et moi : de quoi elle se plaignait ? Eh bien non : pas heureuse. Mais qu’est-ce t’en as à foutre de ce Laurent je lui disais. C’est pas une gonzesse ce mec, c’est un mec. Ça serait une femme, je veux bien, t’aurais peut-être à craindre, parce que pour être beau il est beau, Laurent le Magnifique, mais là tu risques quoi ? Qu’il reparte dans ses montagnes en emmenant ton Odam avec lui ? Mais même si c’était ça ma jolie, même s’il s’en va demain ton Odam chéri avec son Laurent chéri : n’oublie quand même pas que ce type, ton ouzbek, c’est pas au milieu des perruches qu’il a grandi, et qu’ils sont tous élevés comme ça dans son pays : au lait de brebis, pas au lait de poule qui a mal tournée. Et puis excuse moi, mais quand même, Odam et toi, j'ai l’impression de vous avoir vus beaucoup plus vous faire la cour que vous faire l’amour tous les deux. Quoique, bon, c’est vrai, on peut se tromper. Ces choses là, on les fait pas toujours la porte ouverte bien que toi l’opération portes ouvertes ça te gêne pas tant que ça. Maintenant, ton mariage, le vrai, celui avec Boromé, je te rappelle que c’est dans sept jours qu’on le fête. Et que la fête c’est ici qu’elle a lieu. Et qu’on a invité la moitié du quartier. Tu vois quand même un peu encore qui c’est Boromé, non ? Et puis aussi, bon ça tu me le pardonneras (enfin j’espère) parce que c’est ton vieux Bosco qui te le dit et que tu sais qu’en général ce petit mot là je l’aime pas trop mais enfin, Lêlê, une pute jalouse ça la marque quand même mal, non ? Qu’est-ce que j’avais pas dit ? Et si y avait eu qu’elle de jalouse. Si tu veux mon avis tout l’hôtel était un peu jaloux de ce mec. Pas pour les mêmes raisons bien entendu mais rien que Diallo ou Drago je peux te dire que c’était écrit sur leur figure qu’ils reprochaient à Laurent de leur enlever leur copain. Même la baybitcha, la petite Ketty et Wanda elles faisaient aussi leur crise du style mon prince il me regarde plus ou alors d’accord il me regarde mais plus comme avant. Bref Laurent le Magnifique il foutait la merde, quoi. Moi ? Non, moi j’étais pas jaloux. Pourquoi j’aurais été jaloux ? De quoi j’aurais été jaloux ? Odam, je te l’ai déjà dit : avant c’était qu’un bras pour moi, juste un bras. Un bras de nuit. Jusqu’à ce qu’il arrête de le faire le coup du bras. Le reste du temps, à part aux repas, on se voyait pas ou presque. Alors jaloux, moi ? De quoi ? Et puis d’ailleurs, à propos de bras je crois que quelque part par là quand Laurent est mort et qu’il a posé les clefs du Tombeau de l’Empereur sur la table, sous notre nez à tous mais surtout sous mon nez à moi, je crois bien que c’est ça qu’il a voulu dire, Odam : maintenant, tous autant que vous êtes, cherchez vous un autre bras et il est parti et on l’a plus revu. Plus jamais. Enfin, je crois. Parce que ça, moi j’en suis pas sûr. Qu’est-ce qui s’est passé qu’on en est arrivé là ? Il s’est passé qu’il vaut mieux 600 morts dans ta cave, mon petit, qu’une seule femme jalouse dans ton salon. Surtout si elle s’appelle Lêlê. Oh je l’avais bien remarqué son petit manège mais bon, je me disais c’est un manège, rien qu’un manège, ça passera, ça, tout comme cette première neige qu’il nous est tombé dessus aujourd’hui boulevard Gambetta. À Marseille, la neige ça reste pas. Tu parles, mon vieux, tu parles. Parce que celle-là de neige quand elle nous a trouvés, nous autres comme la ville toute entière, c’est j’y suis j’y reste qu’elle s’est dit cette fois là. Il devait être, je sais pas moi, allez, disons bientôt sept heures du soir et, ma foi, tout en causant de ci de ça avec nos invités du jour (juste trois ce soir là) en buvant le casa je regardais Lêlê s’agiter dans son coin. Tu sais ce qu’elle faisait la garce ? Eh bien, je veux bien mettre ma tête à couper si je l’ai pas vue faire fondre quelque chose de pas net, mais alors pas net du tout, dans le verre qu’elle a offert à Laurent un peu plus tard tout en lui faisant mille millions de grâces plus savantes les unes que les autres. Et puis est venue l’heure de la descente des convives au Tombeau de l’Empereur. – Odam, mon biquet, je crois que tu as laissé passer l’heure et que ces messieurs dames s’impatientent. D’autant plus que si la neige continue à tomber il vaudrait peut-être mieux qu’après ça ils rentrent pas chez eux trop tard. – C’est bien vrai ça a renchéri Wanda. – Et puis on a faim ! ont fait les marmots. – Vous êtes vraiment certains de ne pas vouloir dîner avec nous avant de repartir ? a rajouté Madame Li, qu’en général on entendait pas trop, mais là il s’agissait quand même de deux de ses convives. Alors autant chercher à être aimable jusqu’au bout : Et puis s’il y a trop de neige pour repartir on peut toujours vous prêter une chambre avait-elle donc complété – Froide, la chambre ! j’avais songé. Mais tu penses bien que ça, c’était pas trop le moment de leur dire tandis qu’ils franchissaient le seuil de
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dibrazza | 15 h 43 | Rubrique : HÔTEL UNTEL (Il était cinq petits enfants), Nocturnes Livre III | Màj : 14/12/08 à 20 h 10

-« Tu me dis, hein, si t’es mal installé. Parce que je peux t’arranger ça. Desserrer les liens. Mais pas trop quand même. Tu m’en veux pas, hein ? C’est que tu vois, tous les jours qui ont précédé le jour où j’ai enfin pris ma décision – y a une bonne semaine de ça maintenant - j’arrêtais pas de me dire ce genre de truc : Bosco, t’as plus le choix. Il faut le ligoter ton pote. Petit un il en sait trop (et il pourrait parler ou tout simplement te zigouiller) et puis petit deux…Mais le petit deux je t’en parlerai plus tard. Vu que je sais bien que malgré le froid dû à la fenêtre ouverte (sans parler des courants d’air, faut bien aérer) et l’inconfort de la chaise sur laquelle tu es attaché, tu meurs d’envie de la connaître la fin de mon histoire. De savoir ce qu’il en est advenu de Wanda Œil de Lynch, de Lêlê la blonde, d’Odam l’ouzbek venu du froid, de Laurent le Magnifique et de tous les autres. T’inquiète pas, mon pote, ton pote Bosco n’y manquera pas de raconter tout ça. Avec tous les détails. Mais entre-temps t’en vas pas croire que ton vieux Bosco manque de cœur. Si y avait pas autant de risques maintenant à te laisser aller ici et là, libre de tout mouvement, il ne se serait résolu ni à te fagoter comme un goret ni à te poser un bâillon sur la bouche. Qu’est-ce qui t’as pris aussi de te mettre à crier. Heureusement que les vieux du dessus sont sourds comme des pots et que les arabes, en bas, ils font tellement de remue-ménage que tous tes hurlements ils sont passés à l’as. Et puis qu’est-ce que tu crois ? Faut que je t’aime bien, moi qui suis pas bricoleur un brin, pour t’avoir fabriqué une chaise percée qui te permet de faire tes besoins même quand je suis pas là. Bien sûr, pour que ça marche faut que tu restes à poil. Mais je t’ai quand même mis une sacrée couvrante sur le dos, non ? Une polaire, c’est quand même pas n’importe quoi. Quant aux courants d’air, désolé, mais moi quand je rentre à la maison je supporte pas que ça sente la merde. Tu supporterais ça, toi ? Et puis attends, c’est quand même moi qui te vide et te lave ton pot. Que t’es pas foutu de remplir autrement qu’avec de la chiasse. Comme s’il t’était pas permis de chier normalement. Et puis c’est moi aussi qui te nourris. Même que t’es pas foutu d’avaler proprement. Et que je me demande si je ferais pas mieux de te mettre une bavette. Comme on en met aux chiards dans leur poussette. Parce que ta couvrante, je te dis pas, une armée de clodos se la disputerait rien que pour se gaver des restes. Tiens, tu vas être content : aujourd’hui, en me baladant dans Marseille je t’ai acheté des navettes. Des Saint Victor en plus. Les meilleures. Celles qui ont le plus le goût de la fleur d’oranger. Évidemment, comme c’est pas
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dibrazza | 18 h 23 | Rubrique : HÔTEL UNTEL (Il était cinq petits enfants), Nocturnes Livre III | Màj : 08/12/08 à 21 h 10
-« Moi, les putes, avec leurs jupes ras la conque, leurs nichons plus découverts que les deux Amériques, avec leurs yeux qui sont comme de grands herbiers où danse la posidonie, avec leurs paupières pimpantes, peintes a fresca, comme le chœur d’une église aquatique, avec leur cul qui sonne l’angélus autant pour le marin-pêcheur que pour le bourgeois en goguette, avec leur façon de marcher, hautaine, distanciée, et leur façon de replier leurs bras comme les ibis rouges agitent puis referment leurs ailes (presque frileusement) là bas sur les rives du Nil, qu’est-ce que tu veux : j’aime ça. Je les aime. En plus, il y a en elles ce type de détresse aussi aiguë que le rire ou les fossettes d’un mioche qui me va bien au corps, et me tient chaud comme un bon gros chandail ou un café-calva. C’est pour ça que lorsque Lêlê s’est pointée à l’hôtel avec toutes ses copines pour discuter ensemble de qu’est-ce qu’on va se mettre (dans tous les sens du terme)quand sera venu le temps du Grand Soir, le soir du mariage, j’étais bien plus ému que le berger à la retraite qui voit passer un troupeau devant le seuil de sa maison et qui, tout de suite, file mettre à l’abri dans son garde-manger ce souvenir têtu de sonnailles, de poussières laineuses et d’étoiles naines avant que tout ça disparaisse à jamais. Alors, tandis qu’elles parlaient de ci, de ça, je faisais le garçon de salle et portait à l’une et à l’autre une boisson chaude, un verre de jaja ou de casa sous l’œil toujours méfiant, quoique désormais plus amène, de Boromé-Pacha. Lequel était assis sur un de ces fauteuils comme on en voit dans Emmanuelle. A deux pas de
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dibrazza | 14 h 47 | Rubrique : HÔTEL UNTEL (Il était cinq petits enfants), Nocturnes Livre III | Màj : 05/12/08 à 19 h 15

- « Faut dire que le Maire (un Enculator de première, du style à te faire tomber la culotte sans jamais tomber une seule fois les yeux), le Maire, moi, j’ai jamais pu l’encadrer. Mais là, faut reconnaître qu’il avait fait fort. Et que son idée, ou l’idée de l’un de tous ces margouillats qui patrouillaient dans sa sphère, elle était vraiment bonne. Et en plein dans l’esprit de Noël. Parce que Noël, le petit Jésus, l’âne, le bœuf, lou ravi et toute la clique : qu’on y croie ou non ça reste une fête. Pour tout le monde. Et puis en plus, ça faisait diversion. Et c’était de ça, faire diversion, dont il avait besoin le Maire. St Joseph et
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Ce quinzième chapitre d'Hôtel Untel s'inscrit dans la troisième partie de mon Livre de Nocturnes, qui en comportera 5:
- (Chochottes blues?)
- Journal d'une disparition
- Hôtel Untel (Il était cinq petits enfants)
- Chansons de la cité radieuse
- (Siléo)
Il s'agit bien entendu d'un premier jet. Merci à tous d'être aussi souvent et toujours aussi nombreux au rendez-vous.
AUTOPUB , Rappel:
"Récitar Cantando" plutôt que Roman
mon dernier ouvrage : JE EST UNE O.MBRE
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dibrazza | 19 h 46 | Rubrique : HÔTEL UNTEL (Il était cinq petits enfants), Nocturnes Livre III | Màj : 17/01/09 à 19 h 59